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En Irak, étudiants et députés rejoignent la mobilisation

Ecoliers et étudiants sont dimanche dans la rue en Irak, augmentant la pression sur le gouvernement engagé dans un bras de fer avec le principal bloc au Parlement qui a entamé un sit-in illimité après plus de 200 morts en près d’un mois de contestation.

Bagdad et le Sud chiite sont depuis jeudi en proie à un second épisode d’une contestation antigouvernementale inédite parce que spontanée.

Dimanche matin, la place Tahrir de Bagdad, épicentre de la contestation, avait des allures de campement organisé pour durer.

« On veut la chute du régime! Qu’on les arrache tous par la racine! », lance un manifestant à l’AFP, non loin de tentes et de stands de distribution de nourriture ou de protection de fortune contre les grenades lacrymogènes régulièrement tirées par les forces de sécurité.

Depuis jeudi soir, les dispersions et des attaques nocturnes contre des QG de partis et de groupes armés ont fait 63 morts.

Ce décompte s’ajoute aux 157 personnes tuées du 1er au 6 octobre, quasiment toutes des manifestants abattus par balles, selon un bilan officiel.

Lors de ce premier épisode de contestation, l’Irak a été plongé dans le noir: Internet a été totalement coupé par les autorités et des tireurs postés sur des toits ont semé la terreur dans la capitale et le Sud gagné par la fronde.

Les manifestants ont repris jeudi soir le chemin de l’emblématique place Tahrir de Bagdad et de nombreuses autres places du Sud. Si les slogans restent les mêmes, le climat est différent.

Aucun tir à balles réelles provenant des forces de sécurité n’a été rapporté, tandis que les manifestants assurent mener un mouvement « pacifique » renforcé par l’entrée en scène dimanche des écoles et des universités.

La nuit toutefois, les violences prennent un tour nouveau dans des villes du Sud tribal. Des dizaines de sièges de partis, de bureaux de députés et surtout des QG des factions armées du puissant Hachd al-Chaabi, coalition de paramilitaires dominée par les milices chiites pro-Iran et alliée du gouvernement, ont été incendiés et saccagés.

Des protestataires ont été tués par balles ou asphyxiés dans ces feux pour lesquelles des chefs de milice ont promis de « venger », tandis que l’ONU dénonce « des entités armées qui cherchent à compromettre la stabilité de l’Irak » et « sabotent les manifestations pacifiques ».

– « Pour les futures générations » –

Sur la place Tahrir, jonchée de déchets et de grenades lacrymogènes vides, les promesses de réformes sociales du chef du Parlement Mohammed al-Halboussi et du Premier ministre Adel Abdel Mahdi n’ont fait qu’attiser la colère dans un des pays les plus riches en pétrole du monde, et où un habitant sur cinq vit pourtant sous le seuil de pauvreté.


« On ne veut d’aucun d’eux, ni Halboussi ni Abdel Mahdi », martèle un manifestant.

« Nous, notre génération a été détruite psychologiquement mais on est prêts à ça si ça peut rendre meilleure la vie de nos enfants », affirme une sage-femme, qui refuse de donner son nom.

Des blindés des unités d’élite du contre-terrorisme étaient visibles dans plusieurs quartiers dont le centre de Bagdad dimanche pour « protéger les infrastructures vitales », selon un communiqué, mais ces unités n’étaient pas visibles aux abords directs de la place Tahrir.

Alors que la pression de la rue ne faiblit pas, avec des manifestations également signalées dans des villes du sud du pays, le bras de fer politique s’est durci samedi soir.

– Parlement éclaté –

Les députés du turbulent leader chiite Moqtada Sadr, qui réclame la démission du gouvernement qu’il a aidé à former il y a un an, ont entamé un sit-in au Parlement.

Ils ont annoncé rejoindre l’opposition, faisant voler en éclat l’attelage fragile de la majorité parlementaire.

D’un côté l’alliance « La marche pour les réformes » conclue entre Moqtada Sadr et les communistes, de l’autre la liste d’anciens combattants du Hachd, qui ont redit leur « confiance » à M. Abdel Mahdi, un indépendant sans base partisane ou populaire, à plusieurs reprises depuis le début du mois.

Dimanche matin, le député de « La marche pour les réformes » Salam al-Hadi a affirmé à l’AFP depuis le Parlement que « le sit-in se poursuivra jusqu’à ce que les réformes promises par le Premier ministre soient mises en oeuvre ».

Dans un pays où 60% de la population a moins de 25 ans, un jeune sur quatre est au chômage. Pour cette génération, qui n’a quasiment connu que les gouvernements successifs installés après la chute du dictateur Saddam Hussein en 2003, le système est à bout de souffle.

La rue, tenue par des manifestants, souvent jeunes, réclame une nouvelle Constitution et un renouvellement total d’une classe politique inchangée en 16 ans, période durant laquelle, officiellement, 410 milliards d’euros ont été engloutis par la corruption.


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