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En Irak, les rêves d’enfants déplacés se brisent aux portes de l’école

Dans son camp de déplacés du nord de l’Irak, Mareb rêve son avenir en grand. Mais chaque matin, quand ses amis partent à l’école, la fillette de sept ans ne peut se joindre à eux.

Quand une école de fortune a ouvert il y a plusieurs mois dans l’immense camp de Hammam al-Alil 2, Mareb s’est dit qu’elle allait pouvoir « étudier pour devenir médecin ». Mais les portes se sont fermées devant elle.

« J’aimerai y aller avec mes amis mais je ne peux pas parce que je n’ai pas de papiers », explique à l’AFP la petite fille, emmitouflée sous plusieurs couches de vêtement alors que le froid se fait de plus en plus mordant dans le nord de l’Irak.

Quand ses parents ont fui l’arrivée en 2014 du groupe Etat islamique (EI) dans leur village de Zammar, à moins d’une centaine de kilomètres du camp, ils n’avaient, pour prouver son existence légale, qu’un simple certificat de naissance délivré par un hôpital, mais rien d’officiel fourni par le gouvernement.

Puis, avec le chaos engendré par la mainmise des jihadistes sur la région et la guerre pour les en chasser, son père Ibrahim Helou n’a jamais pu obtenir les papiers nécessaires pour l’inscrire à l’école.

« Comme nous avons dû fuir, je n’ai jamais pu demander de papiers d’identité pour Mareb, donc aujourd’hui elle n’a rien, à part ce certificat de naissance », affirme-t-il.

– Manque de professeurs –

Mareb est loin d’être la seule dans ce cas-là, et pour Belkis Wille, de Human Rights Watch (HRW), cette « politique de l’Etat » qui consiste à refuser de scolariser des enfants parce qu’ils n’ont pas de papiers d’identité est « choquante ».

« L’Irak devrait tout faire pour réintégrer les centaines de milliers de familles qui ont vécu trois ans sous l’EI », plaide cette militante des droits de l’Homme auprès de l’AFP. « Et la clé pour cette réintégration est que leurs enfants reviennent au plus vite à l’école ».

La famille Helou fait partie des 1,9 million d’Irakiens déplacés par les violences et qui n’ont toujours pas pu rentrer chez eux, même si les forces irakiennes ont proclamé la victoire sur l’EI il y a un an.

Sur les quelque 7.500 enfants du camp Hammam Al-Alil 2, seuls 2.500 âgés de moins de 10 ans sont scolarisés, encadrés par cinq instituteurs, indique à l’AFP le directeur de l’école, Ibrahim Khodr. Les deux tiers des enfants sont ainsi privés d’éducation.

« Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles les enfants ne vont pas à l’école », explique M. Khodr, âgé de 55 ans.


Et de citer, outre le manque de papiers d’identité, « le manque d’encouragement des parents, des situations financières très difficiles, et le fait que des familles (…) envoient leurs enfants travailler ».

A 37 ans, Abdelkhaleq Jouloud explique ne « pas (avoir) de travail ni d’économies » pour nourrir ses cinq enfants. « On ne vit que grâce aux aides alimentaires », assure-t-il à l’AFP. Alors, « acheter des vêtements, des cartables et des cahiers », ce n’est pas possible.

Les problèmes de scolarisation ne sont pas propres aux déplacés. Sur l’ensemble de l’Irak, un total de trois millions d’enfants ne vont pas à l’école régulièrement, notamment en raison du fait que la moitié des écoles publiques doivent être rénovées.

– Assis à même le sol –

Par ailleurs, beaucoup abandonnent l’école après le primaire ou le secondaire notamment pour les familles défavorisées. Le manque de professeurs est aussi un problème. Dans la province de Ninive où est située le camp Hammam al-Alil, beaucoup ont notamment fui vers la région voisine du Kurdistan ou à Bagdad, selon un responsable local, Khaled Joumaa.

Les violences, qui ne sont pas complètement finies, peuvent en outre dissuader les familles d’envoyer leurs enfants à l’école.

A Hammam al-Alil 2, des enfants, parfois pieds nus, slaloment entre les flaques d’eau pour aller à l’école.

Sous les tentes faisant office de classes, il n’y a ni chaise ni bureau, seulement des rangées de garçons ou de filles assis en tailleur à même le sol.

Aujourd’hui, leçon de géographie: « le principal fleuve d’Irak est le Tigre », lance l’instituteur.

Une affirmation cependant bien abstraite pour ses élèves qui ne disposent ni de tableau ni de carte pour visualiser les dires de leur maître.



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