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Espagne: Mariano Rajoy, témoin-clé au procès des indépendantistes catalans

L’ancien chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy sera entendu mercredi comme témoin au procès des ex-dirigeants indépendantistes catalans: une audition ultra-sensible à deux mois d’élections centrées sur la question catalane.

Le témoignage du conservateur de 63 ans devant la Cour suprême est attendu à 16H00 locales (15H00 GMT).

« Sa comparution est très importante parce qu’il était à la tête du pays » avant, pendant et après la tentative de sécession de la Catalogne de 2017 et « en tant que témoin, il est tenu de dire la vérité », souligne Paloma Roman, politologue à l’Université Complutense de Madrid.

« Ce qu’il va dire ne va laisser personne indifférent », dit-elle, le débat étant plus virulent que jamais à l’approche des élections législatives anticipées d’avril et des européennes, municipales et régionales de mai.

Mariano Rajoy a dirigé l’Espagne de 2011 jusqu’au renversement de son gouvernement lors d’une motion de censure en juin dernier, après la condamnation de son Parti populaire (PP) dans un méga procès pour corruption.

Il avait assuré lors de ce procès ne rien savoir des finances du parti qu’il présidait mais les juges avaient ensuite mis en doute la crédibilité de son témoignage.

– Cité par Vox –

Ironie de l’histoire: M. Rajoy est aujourd’hui cité à comparaître par le petit parti d’extrême droite Vox qui a notamment exploité la crise catalane pour prospérer et joue un rôle d' »accusation populaire » controversé lors du procès, en raison d’une singularité pénale espagnole.

M. Rajoy va être d’emblée soumis à une batterie de questions du représentant de Vox avant celles de la défense.

L’audition de l’ex-dirigeant « peut être un moment clé et dramatique du procès, au sens théâtral », juge Joan Botella, professeur de sciences politiques à l’Université autonome de Barcelone. Il « essaiera de décliner toute responsabilité » mais « devra répondre à la question: pourquoi ne s’est-il jamais assis pour parler » avec les indépendantistes?

« Rajoy n’a pas fait de la politique, il a fait du droit », tranche Fernando Vallespin, professeur de sciences politiques à l’Université autonome de Madrid, rappelant qu' »il recourait toujours au Tribunal constitutionnel pour freiner les initiatives des indépendantistes ».

« La gauche lui reproche de ne pas avoir essayé de résoudre politiquement le problème » et « la droite de ne pas avoir agi plus tôt », résume M. Vallespin.


Mariano Rajoy a souvent été accusé d’avoir attisé l’indépendantisme alors qu’entre les élections régionales de 2010, avant le début de son mandat, et celles de 2017, les partis sécessionnistes sont passés de 10% des voix à 47,5% en Catalogne.

Dès 2006, alors dans l’opposition, il avait joué un rôle important dans le dossier catalan en menant bataille contre le nouveau Statut d’autonomie de la région qui lui conférait des compétences élargies et la définissait comme « nation » au sein de l’Etat espagnol.

Le Tribunal constitutionnel avait partiellement retoqué ce statut en 2012, faisant descendre des centaines de milliers de Catalans dans les rues.

– Indépendantisme « décapité » –

Le parquet réclame de 7 à 25 ans de prison contre les douze anciens dirigeants indépendantistes, jugés pour la tenue d’un référendum d’autodétermination interdit – et émaillé de violences policières – le 1er octobre 2017 et la proclamation d’une « république catalane indépendante » le 27 octobre.

M. Rajoy avait aussitôt placé la région sous tutelle, destitué le gouvernement catalan de Carles Puigdemont et dissous le parlement régional.

Et fin 2017, après les incarcérations d’indépendantistes et la fuite à l’étranger de M. Puigdemont, son parti s’était vanté d’avoir « décapité » le mouvement séparatiste, selon les mots de son ex-vice-présidente Soraya Saenz de Santamaria, elle aussi citée à comparaître comme témoin mercredi.

En décembre 2017, cependant, les élections régionales convoquées en Catalogne par Mariano Rajoy avaient été remportées par les indépendantistes.

Depuis l’abandon « définitif » de la politique par M. Rajoy en juin, Pablo Casado, 38 ans, préside le PP qu’il positionne nettement plus à droite.

Fustigeant les séparatistes comme des « putschistes », M. Casado réclame la mise sous tutelle immédiate de la Catalogne. Et envisage d’étendre au niveau national l’alliance scellée pour gouverner l’Andalousie avec les libéraux de Ciudadanos et l’extrême droite de Vox.

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