International › AFP

Espagne: Pedro Sanchez, le triomphe de l’obstination

Pas d'image

Battu lors des deux dernières élections puis évincé de son parti avant d’en reprendre les commandes il y a un an, le socialiste Pedro Sanchez a réussi sur un coup de poker à se hisser au pouvoir en Espagne et a prêté serment samedi comme nouveau chef du gouvernement.

Monté au front dès l’annonce de la condamnation du Parti Populaire (PP) du chef du gouvernement Mariano Rajoy dans un méga-procès pour corruption, l’ancien professeur d’économie de 46 ans, donné pour politiquement mort en 2016, a bien fait de penser qu’il aurait cette fois enfin rendez-vous avec l’histoire.

Il a prêté serment samedi, sans bible et sans crucifix pour la première fois en Espagne, devant le roi Felipe VI, et en présence de M. Rajoy qu’il avait renversé la veille en faisant voter au Parlement une motion de censure qui lui accordait dans le même temps la confiance.

Pour Fernando Vallespín, politologue à l’Université autonome de Madrid, c’était « un pari risqué, une attaque en désespoir de cause », car le Parti socialiste, en perte de vitesse, était « tenu à l’écart de la première ligne du débat politique » occupée par le PP, les libéraux de Ciudadanos et la gauche radicale de Podemos.

– Revenu par la grande porte –

Avec seulement 84 députés socialistes à la Chambre, Sanchez, qui avait abandonné son siège en 2016 en désaccord avec son parti, a été contraint de pactiser avec Podemos, les séparatistes catalans et les nationalistes basques pour renverser Mariano Rajoy.

Une majorité qui pourrait s’avérer très instable et écourter le bail du nouveau premier ministre au palais de la Moncloa.

Qu’importe, le leader socialiste compte faire adopter des mesures sociales rapidement afin de « renforcer la cote de popularité de son PSOE », note Antonio Barroso, analyste au cabinet Teneo Intelligence, et arriver ainsi plus fort aux prochaines élections.

« Sanchez est un politicien audacieux mais pas excessivement réfléchi et qui raisonne plutôt à court-terme », juge Fernando Vallespin.

Cet ancien joueur de basket d’1,90 m, impeccablement cintré dans un costume sombre, surnommé « le beau mec » (el guapo), est marié à une consultante en marketing et père de deux filles.


Né le 29 février 1972 à Madrid, il a grandi dans une famille aisée, auprès d’un père entrepreneur et d’une mère fonctionnaire, et a étudié l’économie dans la capitale espagnole avant de décrocher un master d’économie politique de l’Université libre de Bruxelles.

Conseiller municipal à Madrid de 2004 à 2009, il devient député en 2009 à la suite de la démission du titulaire du siège, avant de connaître une ascension fulgurante.

Propulsé en 2014 à la tête d’un PSOE à la faveur des premières primaires de l’histoire du parti, il arrive derrière Mariano Rajoy lors des élections de décembre 2015. Dans le contexte de paralysie politique qui s’en suit, il tente sans succès de former un gouvernement avec l’appui de Ciudadanos et de Podemos.

De nouvelles élections sont convoquées en juin 2016 et le PSOE dégringole encore, enregistrant son pire résultat depuis le rétablissement de la démocratie en 1977. La direction du parti le contraint à démissionner comme secrétaire général.

Mais il revient par la grande porte en mai 2017, après avoir fait campagne en voiture dans toute l’Espagne pour rallier les militants qui voteront pour le rétablir à la tête du parti.

– « Judas » pour la droite –

S’étant rapproché de Rajoy ces derniers mois sur la question de l’indépendance de la Catalogne, Sanchez restera pour le PP comme le tombeur d’un chef du gouvernement qui avait survécu à de nombreuses crises. Le journal El Mundo le décrit comme « dévoré par l’ambition ».

« Pedro Sanchez passera à l’histoire comme le Judas de la politique espagnole », a lancé récemment Fernando Martínez-Maillo, coordinateur de la formation conservatrice, tandis que Rajoy l’a accusé d’être « prêt par ambition personnelle (…) à s’allier avec n’importe qui à n’importe quel prix ».


0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

L’Info en continu
  • Sénégal
  • Afrique & Monde
Toute l’info en continu
Bon plan
Publié le 06.05.2021

Le village artisanal de Saly

Situé au centre ville de la commune de Saly, le village artisanal a été fondé en 1981. Il comprend 120 magasins regroupés dans une cour…

Lire la suite
Recevez toute l’actualité

Inscrivez-vous à la Newsletter de www.journaldusenegal.com et recevez gratuitement toute l’actualité

Agenda
  • Il n'y a aucun évènements à venir.
Voir tout l’agenda
Retour en haut