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Espagne: pour Junqueras, être élu député en prison est une victoire des urnes

Le leader de Gauche Républicaine de Catalogne (ERC), Oriol Junqueras, qui va être libéré mardi quelques heures pour prêter serment comme député, estime avoir « vaincu la répression » par la force des urnes, dans un entretien écrit avec l’AFP.

Vice-président du gouvernement catalan lors de la tentative de sécession de la région en 2017, Junqueras, qui est incarcéré non loin de Madrid, est le principal accusé du procès en cours contre douze anciens dirigeants séparatistes.

Q: Que signifie pour vous de pouvoir prêter serment mardi comme député ?

R: « Que le fait que nous soyons des prisonniers politiques en détention est une grande anomalie. Pour quelle raison ? Pour avoir fait un référendum. C’est notre délit, mettre des urnes et voter. On veut nous faire taire et nous marginaliser, et les urnes nous ont redonné voix. Nous avons vaincu la répression par la force du vote. »

Q: Apporterez-vous l’appoint des voix nécessaires au socialiste Pedro Sanchez pour être investi à la tête du gouvernement ?


R: « Nous n’allons pas offrir nos voix à Sanchez. La victoire indépendantiste (ils ont obtenu 22 députés en Catalogne aux législatives du 28 avril) l’oblige à s’asseoir autour d’une table mais il continue de regarder ailleurs. Le dialogue lui fait peur et s’il n’y a pas de dialogue, il n’y a rien à discuter sur une investiture. Nous avons toujours dit que nous ne fixerions pas de lignes rouges au dialogue. C’est le point de départ. Il est évident que nous ne renoncerons pas à l’indépendance ou au droit à l’autodétermination. Ce qui m’inquiète, ce sont les informations indiquant que Pedro Sanchez souhaiterait profiter de l’altération de la majorité que pourrait provoquer la suspension des députés en prison pour être investi sans avoir besoin de tous les votes. Cela serait un attentat contre la démocratie. »

Q: Vous êtes aussi candidat aux européennes dimanche. Quel est votre objectif ?

R: « Je me présente surtout car c’est la meilleure façon de dénoncer la répression et la régression démocratique que vit l’Etat espagnol. Il n’y a pas d’image plus puissante que de faire en sorte qu’un prisonnier politique sorte de prison grâce aux votes et puisse aller prendre son mandat de député européen. Cela permettrait de constater qu’il y a des prisonniers politiques en Espagne et c’est la meilleure façon d’internationaliser le conflit. Je suis convaincu que le parlement européen ne laissera personne de côté et que je pourrai exercer mon mandat de député européen. L’Europe ne peut pas détourner le regard quand la démocratie est en jeu. »

Propos recueillis par Daniel BOSQUE



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