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Ethiopie: des dizaines de milliers de personnes honorent les responsables assassinés

Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées mercredi pour honorer les cinq hauts responsables tués samedi en Ethiopie, alors que la mémoire de l’homme soupçonné d’avoir organisé leurs assassinats a été célébrée lors de funérailles ayant attiré des centaines de personnes.

Les assassinats de samedi, dont celui du chef d’état-major de l’armée, s’inscrivent dans le cadre de la crise politico-ethnique que traverse le pays, tandis que la mobilisation pour l’ethno-nationaliste soupçonné de les avoir orchestrés témoigne de sa complexité.

Les autorités ont qualifié les événements de samedi de « tentative de coup d’Etat » contre le gouvernement de l’Amhara (nord-ouest), une des neuf régions du pays dessinées sur les bases d’un fédéralisme ethnique. Cette théorie est toutefois mise en doute par de nombreux observateurs.

A Bahir Dar, où le président de la région Amhara, Ambachew Mekonnen, un de ses conseillers et le procureur général de la région ont été tués samedi par un « commando armé », des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées mercredi dans le stade de la ville.

« Nous nous souviendrons pendant des générations de ceux qui sont tombés, pour leur contribution à la région et au pays », a déclaré le vice-Premier ministre éthiopien, Demeke Mekonnen, lui-même issu de l’ethnie amhara, lors d’une cérémonie retransmise en direct par la télévision EBC.

« Nous découvrirons les mobiles et les intérêts de ceux qui ont commis cet acte barbare », a-t-il dit, devant les cercueils des trois hommes.

Ces derniers ont été tués selon les autorités par un « commando armé » obéissant au chef de la sécurité de l’Amhara, Asaminew Tsige, un ethno-nationaliste à la rhétorique belliqueuse qui se serait trouvé sur la sellette notamment pour avoir ouvertement entrepris de former des milices ethniques.

Asaminew, tué lundi par la police alors qu’il était en fuite, est également accusé d’avoir organisé l’assassinat du chef d’état-major de l’armée nationale, Seare Mekonnen, tué samedi par son garde du corps alors qu’il menait l’opération de riposte à l’attaque de Bahir Dar.

Asaminew a été enterré mercredi en région amhara, après une cérémonie dans une des églises rupestres mondialement connues de Lalibela, sa ville natale, ont indiqué à l’AFP des témoins.

Ces derniers assurent qu’une foule importante s’est mobilisée le long des routes pour saluer le passage du cercueil, attestant de la popularité de cet homme ainsi que du programme qu’il tentait de mettre en oeuvre.

« Plus de 1.000 personnes étaient aux funérailles », a affirmé à l’AFP un guide local, Taye Abebe. « Le public, et moi inclus, ne croyons pas à ce qui est dit à la télévision nationale. Nous ne croyons pas qu’il a fait cela, mais s’il l’a fait, c’est pour nous et pour le peuple ».


« S’il l’a vraiment fait, il l’a fait pour protéger les besoins, les demandes et les intérêts de la région », a-t-il défendu.

– Marginalisés –

A Mekele (nord), des milliers de personnes se sont rassemblées mercredi pour honorer le chef d’état-major de l’armée nationale, ainsi qu’un général à la retraite tué alors qu’il lui rendait visite.

Les deux généraux avaient déjà été honorés mardi lors d’une cérémonie à Addis Abeba lors de laquelle le Premier ministre réformateur, Abiy Ahmed, avait ouvertement pleuré. Ils devaient être inhumés mercredi à Mekele, dans leur région natale du Tigré.

Le Tigré est la région d’une minorité ethnique qui, jusqu’à l’arrivée au pouvoir de M. Abiy, était considérée comme la plus puissante au sein de la coalition au pouvoir. Les Tigréens sont accusés d’avoir marginalisé les Oromo et les Amhara, les deux principaux groupes ethniques, pendant de nombreuses années.

Abiy Ahmed s’est efforcé depuis son entrée en fonction en avril 2018 de démocratiser le pays, légalisant des groupes dissidents et améliorant la liberté de la presse. Mais cet assouplissement a également permis une expression plus libre des tensions intercommunautaires et nationalismes ethniques.

Les assassinats de samedi « ont mis à nu l’étendue de la crise politique », a souligné lundi le International Crisis Group (ICG), notant que les réformes ont affaibli la coalition au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), et les partis la composant.

Ces derniers se voient concurrencer dans leurs propres régions par des mouvances ethno-nationalistes.

Redoutant que les événements de ce week-end n’amplifient violences et luttes de pouvoir, l’ICG rappelle que les violences intercommunautaires ont fait plus de deux millions de déplacés dans le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique.



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