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Européennes: en Allemagne, la très discrète campagne de Yanis Varoufakis

Au plus fort de la crise grecque, en 2015, il croisait le fer avec le gouvernement allemand, en particulier son homologue Wolfgang Schäuble, sa bête noire, qui réclamait des économies drastiques en échange d’aides financières.

Quatre ans plus tard, l’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis est candidat aux élections européennes… à Berlin.

Mais l’économiste iconoclaste, âgé de 58 ans, mène une campagne en pointillé, quasiment sans meeting ni présence médiatique. Des règles électorales favorables peuvent cependant permettre son élection au Parlement de Strasbourg.

« Yanis Varoufakis remplit les conditions pour être candidat en Allemagne, il est inscrit en Allemagne où il dispose d’un domicile », assure son entourage. La loi prévoit qu’il faut être citoyen d’un pays de l’Union européenne et résident depuis au moins six mois en Allemagne pour être candidat dans ce pays aux élections du 26 mai.

– « Monstres politiques » –

M. Varoufakis, qui comme ministre pendant un peu plus de 5 mois en 2015 s’était mis à dos nombre de ses collègues européens par son franc-parler, son ton professoral et son activisme sur les réseaux sociaux, mène la liste Démocratie en Europe: un parti politique allemand qui fait partie de DiEM25, le mouvement transnational et anti-establishment qu’il a largement contribué à lancer début 2016.

Il n’a désormais que « mépris » pour le chef du gouvernement grec, Alexis Tsipras, coupable selon lui d’avoir renié les engagements électoraux de Syriza.

« Nous sommes le premier mouvement sérieux, transnational et progressiste », plastronne l’ancien grand argentier grec. Il n’a donné des interviews qu’au compte-gouttes, participé à seulement une poignée de réunions publiques et privilégié de courtes vidéos sur les réseaux sociaux.

Le 1er mai, il manifestait à Athènes et non à Berlin, où la Fête du travail est pourtant largement célébrée.

Sa liste milite pour un « New Deal vert » et, dans un souci de transparence, la retransmission de toutes les réunions des dirigeants européens et de la Banque centrale européenne (BCE). Un institut monétaire perçu par de nombreux grecs comme responsables de la politique d’austérité des dernières années dans leur pays.

Plus globalement, M. Varoufakis prône la mise en place d’une Assemblée constituante pour bâtir, d’ici 2025, une Europe plus démocratique.


« En tant qu’Européen convaincu, je m’élève contre ce que font les institutions européennes. Ils créent le mécontentement, et cela produit des monstres politiques comme Matteo Salvini et la Ligue en Italie, l’AfD en Allemagne, ou Aube dorée en Grèce », s’alarme-t-il auprès de la chaîne allemande Deutsche Welle, n’hésitant pas à agiter le spectre des années 30.

– Bientôt candidat en Grèce? –

Mais pourquoi celui que le quotidien Bild, le plus lu d’Allemagne, surnomme le « clown grec » se présente-t-il dans ce pays?

Officiellement, c’est en partie pour montrer qu’il n’y a pas de « lutte » entre Grèce et Allemagne, ou entre « Nord et Sud ».

Crédité de moins de 1% des voix dans les sondages, il a aussi opté pour l’Allemagne et ses règles électorales plus favorables, qui ne prévoient pas de seuil minimal à atteindre dans le scrutin proportionnel. Lors des précédentes Européennes en 2014, le parti satirique Die Partei ou le très confidentiel Parti démocratique écologiste avaient chacun eu un élu, avec seulement 0,6% des suffrages.

Dans d’autres pays, sa liste devrait atteindre 3% – c’est le cas en Grèce, où son étoile a pâli -, voire 5%, pour le propulser au Parlement de Strasbourg.

Celui qui, d’un simple tweet, avait claqué la porte du gouvernement après cinq mois en fonction, assure vouloir rapidement, s’il est élu, céder sa place à une colistière, après avoir fait ses propositions.

« Les électeurs allemands apprécient les hommes politiques qui sont honnêtes et transparents et qui disent +Écoutez, je ne fais pas cela pour des raisons de carrière ou de rémunération, je ne veux pas aller au Parlement européen pour conduire une limousine et avoir toujours dix employés autour de moi+ », expliquait-il récemment au quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung.

Il pourrait, surtout, être candidat aux élections législatives dans quelques mois en Grèce avec le mouvement qu’il a créé dans son pays, Mera25.

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