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Everest 2019 : pourquoi tant de morts cette saison ?

Onze personnes sont mortes sur l’Everest ce mois-ci, un bilan humain particulièrement lourd dû à une conjonction de dangers inhérents à l’altitude extrême, de facteurs humains évitables et de conditions météorologiques.

La saison actuelle est la plus meurtrière sur cette montagne de 8.848m de haut depuis 2015, lorsqu’un fort séisme avait provoqué une avalanche au camp de base qui avait fait 18 morts. En moyenne, cinq personnes périssent chaque année sur l’Everest.

L’AFP examine les raisons de ce bilan macabre :

– Embouteillages –

Le nombre total des himalayistes parvenus à la cime de l’Everest cette saison n’est pas encore connu, mais il pourrait dépasser le record de 807 établi l’année dernière.

Le Népal a accordé 381 permis d’ascension cette année, un chiffre inédit, tandis que la Chine en a octroyé 140 pour des expéditions à partir du versant tibétain, sur la face nord. La saison de l’Everest correspond au mois de mai, lorsque la météo offre des conditions légèrement moins extrêmes que le reste de l’année.

Chaque détenteur de permis est accompagné d’au moins un sherpa, ce qui double le nombre des personnes potentiellement présentes en haut de la montagne.

Le nombre réduit des fenêtres météo favorables cette année a fait que les expéditions se sont toutes précipitées au même moment sur le sommet, provoquant d’impressionnants embouteillages dans la « zone de la mort » dont les images ont fait le tour du monde.

Les vents violents n’ont rendu le sommet accessible que moins de six jours cette année, alors qu’un temps plus clément en 2018 avait laissé onze jours potentiels d’ascension.

Or perdre du temps, parfois des heures, à une altitude où l’oxygène se fait rare et le froid est extrême peut avoir des conséquences fatales. « Faire du sur place une heure à cette altitude, dans ce vent, dans ce froid et tout, c’est ainsi que le plus grand nombre de gens a attrapé des gelures », raconte à l’AFP Aditi Vaidya, une alpiniste indienne de retour de la montagne.

« Comme vous ne marchez pas, votre corps ne se réchauffe pas et vous avez froid. Peu importe que vous ayez le meilleur équipement du monde, aucune chose fabriquée par l’homme ne peut combattre la nature », explique-t-elle.

– Manque de coordination –

Une ouverture de la voie plus tôt dans le mois de mai et une meilleure coordination pourraient avoir permis d’éviter ces encombrements, mis en cause dans quatre des décès cette saison.


Les grimpeurs sont trop pressés de monter lorsque la fenêtre météo s’ouvre, estime Gyanendra Shrestha, un agent de liaison du gouvernement népalais au camp de base. « Si les équipes s’étaient coordonnées, les grimpeurs auraient pu être répartis dans le temps et nous n’aurions pas vu un tel surpeuplement », dit-il.

« Chaque personne » présente au camp de base et en mesure de le faire « est montée le 22 » mai, confirme Aditi Vaidya. C’est ce jour-là que l’alpiniste Nirmal Purja a pris la désormais célèbre photo montrant une colonne de grimpeurs emmitouflés piétinant les uns derrière les autres sur l’étroite arête sous le sommet.

« Si cette foule avait été divisée en portions égales entre toutes les fenêtres possibles – les 16, 22, 27 -, cet embouteillage ne serait pas survenu et il n’y aurait pas eu tant de vies perdues », suggère Aditi Vaidya.

Nirmal Purja, qui a monté six « 8.000 » en seulement 31 jours cette saison, estime qu’ouvrir plus tôt la voie avec l’installation de cordes fixes permettrait d’alléger le trafic.

« Nous avons fait ça sur l’Annapurna pour rester dans les temps. Cela donne aux équipes plus de jours pour atteindre le sommet », déclare-t-il.

Mais Ang Dorji Sherpa, du Sagarmatha Pollution Control Committee, qui supervise l’ouverture de la voie dans la partie basse, soutient que l’installation préalable de cordes fixes par des sherpas dépend de la météo. Selon lui, l’accent devrait plutôt être mis sur la limitation du nombre des grimpeurs.

– Inexpérience et ego –

Plusieurs alpinistes ont fustigé le grand nombre des grimpeurs inexpérimentés qui avançaient trop lentement, mettant ainsi en danger leur vie et celle des autres. « J’ai vu des grimpeurs qui avaient besoin de l’aide de leurs guides même pour mettre leurs chaussures et leurs crampons », a raconté l’un d’entre eux.

Accrocher le plus haut sommet de la Terre à son palmarès est souvent une question d’ambition. « Le problème est l’ego de certains. Ils voulaient aller au sommet mais ils n’ont jamais pensé qu’ils devaient aussi en revenir », déplore Tashi Sherpa, un guide sur l’Everest certifié internationalement.

Si la critique sur la proportion insuffisante de sportifs est récurrente depuis le développement des expéditions commerciales sur l’Everest dans les années 1990, elle s’est accentuée ces dernières années avec l’émergence de multiples agences bon marché parfois peu regardantes sur les aptitudes de leurs clients et les conditions de sécurité.

La prolifération d’opérateurs et de candidats à l’ascension de l’Everest fait que le secteur manque de sherpas chevronnés pour satisfaire la demande. De jeunes recrues peuvent se retrouver propulsées guides.

« Un grimpeur non-préparé associé à un guide sans formation est une situation dangereuse. Le guide doit savoir quand faire demi-tour, même si le client insiste pour monter », souligne Tashi Sherpa.



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