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François Molins, visage public de l’antiterrorisme lors des attentats

Le magistrat François Molins, 65 ans, nommé procureur à la Cour de Cassation, le plus haut poste de magistrat du parquet en France, a été pour l’opinion publique le visage de l’antiterrorisme face à la vague d’attentats lancée en 2015.

Après sept années au poste de procureur de la République de Paris, il décroche ainsi, par un décret présidentiel publié samedi, son bâton de maréchal pour la fin de sa carrière.

Signe de l’envergure prise par le magistrat, son nom a circulé début octobre pour succéder à Gérard Collomb, finalement remplacé par Christophe Castaner, au ministère de l’Intérieur.

« Il est tellement reconnu dans son domaine, qu’il a un poids, une légitimité. Il a une vraie aura », déclarait alors un bon connaisseur de Beauvau.

En quelques années, ce procureur discret et réservé a été propulsé dans le cercle restreint des magistrats familiers du grand public, souvent loué par les médias.

Nommé procureur de Paris en novembre 2011, quatre mois avant les tueries (7 morts) de Mohamed Merah et dans les premiers mois de la guerre en Syrie, François Molins assiste en première ligne à la multiplication des départs de jihadistes français, par dizaines puis par centaines, et à la vague d’attentats qui ont endeuillé la France depuis 2015.

D’emblée, il se montre peu convaincu par l’argument d’un engagement humanitaire des partants en zone irako-syrienne. Puis avec les premiers retours de jihadistes plus ou moins actifs, il accompagne le durcissement constant des poursuites et des peines infligées.

Avec la série noire d’attaques sur le sol français, le public s’habitue au visage de ce grand homme au physique athlétique, tenant ses conférences de presse, retransmises en direct, devant un minuscule pupitre sur fond bleu. L’exercice débute invariablement par un message de compassion aux victimes, et se poursuit par un énoncé sobre des faits. Minutieusement préparées, elles ont pour objectif d’informer et de rassurer sans gêner les enquêteurs.


– Marches en montagne –

François Molins revendique régulièrement une forme de « transparence » au nom de la « confiance du public dans le bon fonctionnement de la justice et de la démocratie », dans les affaires terroristes surtout, et plus rarement dans les affaires politico-financières. Mais quand il estime que la machine médiatique dérape, il n’hésite pas à rappeler à l’ordre les journalistes, comme dernièrement après l’arrestation de Redoine Faïd.

L’abord de ce Catalan d’origine, passionné de marches en montagne et à l’accent discrètement méridional, est réservé voire austère. Mais l’émotion peut percer sous la carapace. Lors de sa première conférence de presse après les tueries du 13-Novembre, François Molins égrène horaires, lieux et bilans: les mots restent factuels mais la voix s’éraille.

Jusqu’à l’affaire Merah, il n’était pas spécialement marqué « antiterrorisme ». Il a d’abord enchaîné les parquets de province, de Carcassonne (Aude) à Angers (Maine-et-Loire) en passant par Montbrison (Loire), avant de décrocher la direction d’un parquet difficile, celui de Bobigny (Seine-Saint-Denis), où il était connu pour souder ses équipes en les emmenant en randonnée.

Sa nomination au poste-clé de procureur de Paris à la fin du mandat de Nicolas Sarkozy avait suscité des critiques à gauche, et les relations ont parfois été compliquées, sous la présidence Hollande, avec la ministre de la Justice Christiane Taubira.

Sous couvert d’anonymat, un magistrat instructeur expliquait n’avoir jamais vu des dossiers politico-financiers suivre aussi librement leur cours. Qu’ils gênent la droite, comme dans le dossier du financement de la campagne de Nicolas Sarkozy, ou la gauche, comme quand il a lancé l’enquête qui devait pousser à la démission le ministre socialiste du Budget Jérôme Cahuzac.

Ironie de l’histoire, cette dernière affaire, devenue l’acte de naissance du parquet national financier en décembre 2013, lui a fait perdre la main sur les principaux dossiers de grande délinquance financière. Mais il est resté maître à bord pour diriger les enquêtes sensibles de financement électoral.



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