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« Gilets jaunes »: temps forts et répercussions d’une fronde inédite

Des rassemblements tous les samedis depuis quatre mois, émaillés de violences, des mesures gouvernementales, un grand débat et une loi anti-casseurs controversée: temps forts et répercussions du mouvement inédit des « gilets jaunes ».

– Temps forts de la mobilisation –

Le samedi 17 novembre, la première journée de blocages de routes rassemble, selon les chiffres officiels régulièrement contestés par les « gilets jaunes », 282.000 manifestants arborant un gilet jaune fluorescent et occupant des ronds-points.

Les trois samedis suivants mobilisent encore fortement: 166.000 personnes le 24 novembre, dont 8.000 à Paris où manifestants et forces de l’ordre s’affrontent durement sur les Champs-Elysées; 136.000 le 1er décembre, avec des scènes de guérilla urbaine à l’Arc de Triomphe et dans plusieurs quartiers huppés alentour; 136.000 encore le 8 décembre.

Au-delà des hausses des taxes sur les carburants, Emmanuel Macron et l’ensemble de sa politique sociale et fiscale sont ciblés.

La mobilisation décroît pendant les fêtes de fin d’année, avant de rebondir un peu en janvier. Le 5, des manifestants forcent avec un engin de chantier l’entrée du ministère de Benjamin Grivaux, porte-parole du gouvernement.

A partir de fin janvier, la participation baisse progressivement. Seulement 28.600 manifestants sont recensés par l’Intérieur le 9 mars. Les gilets jaunes espèrent remobiliser pour l’acte 18 du 16 mars.

– Des mesures d’urgence au grand débat –

L’exécutif réagit à la fronde avec des mesures qui ne réussiront pas à mettre un terme aux rassemblements.

Début décembre, la hausse de la fiscalité sur les carburants est annulée pour 2019.

Le 10, Emmanuel Macron annonce une hausse de 100 euros par mois pour les salariés payés au Smic, des heures supplémentaires « sans impôts ni charges » et une nouvelle exemption de hausse de CSG pour certains retraités.

Au total, les mesures annoncées depuis le début du mouvement sont évaluées à 10 milliards d’euros. Elles sont votées le 21 décembre par le Parlement.


Le grand débat national, dont l’idée est esquissée fin novembre par Emmanuel Macron, démarre le 15 janvier. Une masse de propositions émerge des réunions citoyennes organisées partout en France pendant deux mois: allègement de la fiscalité, reconnaissance du vote blanc, rétablissement de l’Impôt de solidarité sur la fortune (ISF), lutte contre les inégalités sociales et les déserts médicaux…

Le 15 mars, alors que s’achève la première partie de ce grand débat, Edouard Philippe se dit prêt à étudier une éventuelle réindexation des petites retraites sur l’inflation en 2020.

Des Conférences citoyennes doivent encore avoir lieu en régions en mars et des débats début avril au Parlement. Emmanuel Macron devrait donner « les grands axes de réponse » à partir de la mi-avril.

– Violences, blessés et polémiques –

En quatre mois, onze personnes sont mortes, pour la plupart lors d’accidents à des barrages routiers. Quelque 2.200 manifestants et 1.500 membres des forces de l’ordre ont été blessés, selon l’Intérieur.

Le 5 janvier, un ex-boxeur professionnel, Christophe Dettinger, est filmé frappant deux gendarmes à Paris. Il écopera d’un an de prison ferme, aménageable en semi-liberté.

Certains manifestants subissent des blessures graves, causées notamment par les lanceurs de balles de défense (LBD) et grenades de désencerclement utilisées par les forces de l’ordre: en quatre mois, 22 sont éborgnés et cinq ont une main arrachée, selon un décompte du journaliste indépendant David Dufresne.

L’usage des LBD fait polémique. Mais le 1er février, le Conseil d’Etat rejette les demandes de suspension. Le 7 mars, c’est au tour du Sénat de repousser une proposition de loi qui voulait les interdire.

Le Conseil de l’Europe a pourtant appelé le 26 février à suspendre leur usage, et le 6 mars, l’ONU a réclamé à la France une « enquête approfondie » sur les violences policières.

Les violences sont aussi verbales: le philosophe Alain Finkielkraut est injurié par des gilets jaunes mi-février à Paris. L’une des figures du mouvement, Ingrid Levavasseur, qui a dû renoncer à mener une liste aux européennes, quitte un cortège sous les insultes des autres manifestants.

La fronde conduit aussi à un durcissement de la législation contre les violences dans les manifestations. Le Parlement vote le 12 mars une loi anticasseurs, dont certaines dispositions font craindre, jusque dans les rangs de la majorité, une atteinte à la liberté de manifester. Des parlementaires ainsi qu’Emmanuel Macron décident de saisir le Conseil constitutionnel.



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