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Görlitz, le « Hollywood » allemand tenté par l’extrême droite

Son centre historique, épargné par les bombardements, est devenu un lieu privilégié de tournages internationaux qui attirent vedettes de cinéma et touristes.

Mais c’est pour une autre raison que Görlitz, le « Hollywood » allemand, fait depuis peu les gros titres: la cité aux confins de l’Allemagne, de la Pologne et de la République tchèque pourrait devenir dimanche la première ville d’ampleur à être conquise par l’extrême droite.

Cette perspective est prise suffisamment au sérieux pour que plusieurs dizaines d’artistes, dont Bernhard Schlink, auteur du best-seller « Le Liseur » ou l’acteur Daniel Brühl, révélation de « Goodbye Lénine », lancent un appel à ne pas livrer la cité à la « haine ».

Görlitz, séparée de la Pologne par la rivière Neisse, offre pourtant en ce mois de juin un visage paisible. Ses rues pavées, ses façades de style baroque ont été rénovées, des touristes arpentent des rues écrasées de chaleur.

– Portée symbolique –

Elle est aussi devenue ces dernières années un lieu de tournages privilégié, y compris pour les grosses productions américaines comme « Grand Budapest Hotel » ou « Inglourious Basterds ». George Clooney, Kate Winslet, Emma Thompson ou Jeff Goldblum ont tous tourné à « Görliwood ».

Arrivé en tête au premier tour de l’élection municipale fin mai dans cette ville de 55.000 habitants, le candidat de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) s’appelle Sebastian Wippel.

Ex-policier, cheveux ras, adepte des arts martiaux et de dérapages verbaux, il est un des premiers membres du parti d’extrême droite qui bouleverse le paysage politique allemand, plus particulièrement depuis l’afflux de centaines de milliers de migrants en 2015.

Pour lui, l’appel d’artistes allemands n’est qu’une lubie de « gens n’habitant pas à Görlitz ».

Fin mai, cette armoire à glace d’un mètre 90 a obtenu 36,4% des voix, devançant Octavian Ursu, candidat du parti de centre-droit (CDU) d’Angela Merkel (30,3%).

Au second tour, la partie s’annonce serrée, même si M. Ursu, qui explique à l’AFP « s’efforcer de regagner la confiance » perdue par les formations traditionnelles, est soutenu au second tour par les autres partis.

Le scrutin de dimanche sera suivi de près par des appareils politiques en pleine ébullition, car scrutin après scrutin l’extrême droite se profile comme le parti le plus populaire dans l’Est du pays.

Trois Länder de l’ex-RDA, dont la Saxe, vont renouveler leurs élus après l’été et pourraient tomber dans l’escarcelle de l’AfD. L’avenir de la fragile coalition d’Angela Merkel pourrait même dépendre de ces différents votes.


Sixième ville de Saxe, Görlitz symbolise ainsi cette ex-Allemagne de l’Est qui se sent délaissée 30 ans après la chute du Mur, malgré les milliards d’euros versés.

– Les jeunes sont partis –

La Saxe est ainsi le Land qui bénéficie du plus important apport de Fonds européens, avec 2,75 milliards d’euros sur la période 2014-2020. Görlitz va toucher environ 10 millions d’euros pour la rénovation urbaine. Aux Européennes, l’extrême droite europhobe est pourtant arrivée en tête.

Population vieillissante, taux de chômage supérieur à la moyenne nationale… Görlitz est un concentré des maux de cette Allemagne « à l’est de l’Est ».

Pour Thomas, un électeur écologiste rencontré dans le centre, les succès de l’AfD sont liés à la « grande déception née de la réunification », une « frustration qui a fait pencher une partie de la population vers la droite populiste ».

Dans les rues, où beaucoup de commerces sont à vendre, les personnes âgées sont nombreuses. Les plus jeunes sont partis.

« Toute une génération, ma génération, n’est plus là », déplore M. Wippel, 36 ans, qui promet de « la faire revenir » s’il devient maire.

Pour cela, deux priorités la sécurité et la lutte contre l’immigration, thème phare de l’AfD depuis la décision de Mme Merkel d’ouvrir les frontières aux demandeurs d’asile en 2015.

Görlitz, qui n’avait jusqu’ici connu qu’une immigration polonaise, accueille à présent un millier de migrants, dont plusieurs centaines de Syriens. Une évolution mal vécue.

« Des choses ont changé en très peu de temps dans cette ville, en particulier l’immigration incontrôlée », affirme Karsten, un quinquagénaire qui vote AfD mais ne donne pas son nom de famille.

Ce parti a pour lui un mérite: il « prend le temps d’écouter » les habitants.

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