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Hauts talons et turbans: choc des cultures à Doha, à l’occasion d’un dialogue interafghan

Dans le lobby d’un grand hôtel de Doha, la vision d’une jeune assistante en pantalon moulant et hauts talons croisant la délégation des talibans pourrait servir à illustrer le fossé à combler dans le dialogue entre la rébellion islamiste et les franges les plus libérales de la société afghane.

Dans leurs austères habits traditionnels –pantalon ample, longue chemise blanche et gilet sombre–, les talibans tranchent singulièrement avec l’opulence du décor du palace.

Co-organisée par le Qatar et l’Allemagne, la rencontre interafghane à Doha, qui a débuté dimanche, s’achève lundi soir.

Elle rassemble autour d’une vaste table en demi-cercle quelque 70 invités: des talibans, des membres du gouvernement et des élites politiques, dont des opposants, des représentants de la société civile, ou encore des journalistes. Dont quelques femmes.

L’objectif de la réunion est de favoriser des « échanges directs » et « un dialogue constructif » entre Afghans sur un accord de cessez-le-feu et des questions clivantes, comme les droits des femmes et le rôle des minorités, dans le cadre d’un règlement global du conflit.

En Afghanistan, même si leurs droits se sont améliorés depuis l’intervention de la coalition internationale dirigée par Washington fin 2001 contre le régime taliban, les femmes restent victimes de fréquentes discriminations, de harcèlement, et de violences conjugales et sexuelles.

Lorsqu’ils étaient au pouvoir (1996-2001), les talibans interdisaient aux femmes l’accès à l’éducation, les confinaient à l’espace familial et les contraignaient à porter la burqa en public. Certaines ont été lapidées suite à des accusations d’adultère.

Selon une déléguée, Asila Wardak, membre du Haut conseil pour la paix (HPC), une instance de réconciliation afghane, le mouvement fondamentaliste serait néanmoins désormais prêt à les « autoriser à travailler, à être scolarisées et à étudier, sur la base de la culture afghane et des valeurs islamiques ».

– Niqab et short de bain –


Les discussions se déroulent sous haute sécurité, l’habituel service d’ordre en costume occidental de l’hôtel laissant la place à une armée de gardes en dichdacha, la longue tunique arabe, équipés d’oreillettes.

Au hasard des allées et venues, se côtoient brièvement délégués afghans et clients de l’hôtel, dans un pays, le Qatar, qui s’efforce de renforcer son attractivité touristique, y compris vis-à-vis de l’Occident. Ainsi vont et vient des femmes portant le niqab tandis que certaines hôtes arborent des tenues de bain.

« J’ai été en Afghanistan, donc franchement ça ne me choque pas », répond un touriste en T-shirt, short et sandales, quand on lui apprend que l’hôtel accueille un sommet entre les talibans et des personnalités afghanes.

Reste que très peu d’information a filtré jusqu’à présent de l’intérieur de la grande salle de conférence.

Un simple nom identifie les participants car ils sont tous là en leur « capacité personnelle » afin de ne pas offenser les uns ou les autres.

Les talibans refusent en effet de négocier avec le président afghan Ashraf Ghani.

Faut-il y voir un signe? A l’arrivée des délégations dans le lobby, le pianiste de l’hôtel a offert une interprétation très enjouée du tube d’Abba « Winner Takes it All » (Le gagnant rafle la mise).



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