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Irene Lozano, la « Madame image de l’Espagne »

Contre-attaques médiatiques, tournée en Europe: Irene Lozano s’est vu confier une lourde tâche par le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez, celle de veiller à la réputation de l’Espagne, ternie par le conflit

Depuis octobre, cette journaliste, essayiste et ex-députée de 47 ans est à la tête d’un nouveau secrétariat d’Etat à l’Espagne globale.

Sa mission: « défendre la réputation démocratique de l’Espagne », dit à l’AFP cette proche de Pedro Sanchez, qui a rédigé avec lui son livre « Manuel de résistance » sorti récemment.

Sa cible principale sont les séparatistes catalans, qui dépeignent une Espagne reproduisant les mécanismes répressifs de la dictature franquiste, achevée en 1975, et incarcérant des « prisonniers politiques » comme se qualifient les indépendantistes en détention provisoire jugés actuellement pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017.

En 2017, lors de cette tentative de sécession, les images des violences policières ayant émaillé le référendum illégal d’autodétermination ont contribué à ternir l’image de l’Espagne à l’international.

Les critiques des indépendantistes envers une justice espagnole qualifiée de partiale ont trouvé un écho en France, où des sénateurs ont assuré en mars dans une tribune que les indépendantistes emprisonnés l’étaient « pour leurs opinions » avant d’être désavoués par le gouvernement.

Ou en Allemagne où le parti de gauche radicale Die Linke a déposé une motion parlementaire critiquant le procès en cours à Madrid contre les séparatistes catalans.

Sur un autre front, Irene Lozano est attentive aux critiques sur la Conquête espagnole après la demande d’excuses formulée en mars par le président mexicain Andrès Manuel Lopez Obrador. En novembre, une statue de Christophe Colomb, accusée de symboliser « un passé très violent » par un élu local démocrate, avait par ailleurs été retirée à Los Angeles.

Pour Madrid, ces critiques sont de nouvelles manifestations de la « légende noire » de l’Espagne promue à partir du XVIe siècle par ses rivaux, au premier rang desquels l’empire britannique.


Irene Lozano y répond en rappelant les « germes démocratiques » de l’Espagne qui s’est dotée d’une Constitution libérale en 1812, « a été le premier pays antifasciste du monde » avant et pendant la Guerre civile (1936-1939) et a permis aux femmes de voter dès 1933, douze ans avant la France.

– Visites à Londres ou à Bruxelles –

« Si on prend les indices internationaux d’organisations indépendantes, l’Espagne fait partie des pays les plus avancés démocratiquement », défend cette diplômée en philosophie du Birkbeck College de Londres, rapports à l’appui. Comme le Democracy Index 2018 de The Economist, qui situe l’Espagne parmi les 20 « démocraties pleines », avec plus de points que les Etats-Unis ou la France.

Des rapports recensés sur le site www.thisistherealspain.com mis en ligne par son secrétariat d’Etat, qui est doté d’un budget annuel d’un million d’euros.

Dans le cadre de cette défense de la réputation du pays, une personne a été chargée dans chaque ambassade ou consulat espagnols, soit environ 200 personnes, à la surveillance de l’image de l’Espagne à l’étranger, explique-t-elle.

Irene Lozano s’est rendue pour sa part à Londres ou à Bruxelles en début d’année et à Berlin cette semaine.

« Il y a des pays » comme la Belgique « dans lesquels les gens pensent que la majorité des Catalans sont favorables à l’indépendance » alors qu’ils n’ont jamais dépassé les 50% lors des élections, affirme-t-elle. « Et là, il nous reste encore beaucoup de travail ».

« La principale difficulté » est que les indépendantistes développent leurs arguments « depuis beaucoup plus longtemps », souligne-t-elle, en dénonçant une « campagne de désinformation ». Comme, selon elle, quand ces derniers ont affirmé que plusieurs pays reconnaîtraient leur déclaration unilatérale d’indépendance, ce qui n’est pas arrivé.



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