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Istanbul: après son triomphe, de nombreux défis attendent le nouveau maire

Le principal parti d’opposition a porté un coup sérieux au président Recep Tayyip Erdogan en remportant la mairie d’Istanbul le mois dernier, mais le nouveau maire doit relever de nombreux défis dans un climat hostile pour réussir à la tête de la mégapole.

Avec M. Erdogan, en poste jusqu’en 2023 au moins, le nouveau maire CHP d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, sait qu’il va devoir trouver un moyen de coexister avec lui.

Peu après sa victoire emphatique le 23 juin, il a ainsi promis de travailler « en harmonie » avec le Palais pour faire face aux problèmes urgents d’une ville de plus de 15 millions d’habitants.

Mais il est resté plutôt vague sur ses projets pour le moment.

Il a promis de sévir contre les dépenses extravagantes de la municipalité et de convoquer des auditeurs aux standards internationaux pour garantir la transparence, mettant en garde contre un risque de faillite faute d’action.

Il a également annoncé la création de ceintures vertes à Istanbul, et de planter des arbres et de l’herbe sur la fameuse place Taksim — faisant ainsi écho aux demandes des manifestants qui y ont déclenché un mouvement de protestation anti-gouvernemental en 2013.

Mais des urbanistes se montrent sceptiques.

« Le problème des espaces verts à Istanbul ne relève pas uniquement d’une hostilité contre la nature — c’est aussi une question économique », explique Sedat Durel, de la Chambre des ingénieurs environnementaux d’Istanbul.

Pour lui, rien ne changera sans une évolution fondamentale des mentalités privilégiant actuellement le développement commercial de masse plutôt que les espaces verts.

Or pouvoir changer cet état d’esprit semble être tout sauf une évidence pour M. Imamoglu, qui a lui même fait carrière dans l’immobilier et la restauration au sein de l’entreprise familiale.

« Même si on peut espérer que cela ne continuera pas ainsi, nous n’avons encore rien entendu de concret », tempère M. Durel.

– « Manoeuvre politique » –

Le principal défi que devra relever M. Imamoglu sera probablement d’amadouer un conseil municipal dominé par le parti au pouvoir AKP et son allié nationaliste MHP, qui contrôlent 25 des 39 districts de la ville.


« Le gouvernement fera tout ce qu’il peut pour l’empêcher de travailler, pour faire apparaître l’AKP comme le seul parti capable de fournir des services de base, et que toutes les alternatives, y compris le CHP, sont incompétentes », estime Ege Seckin, analyste à IHS Markit, en qualifiant de « tâche ardue » la mission de M. Imamoglu.

Signe de possibles troubles à venir, le gouvernement a publié juste après l’élection et avant l’entrée en fonction de M. Imamoglu une circulaire transférant au conseil municipal l’autorité de nommer les dirigeants des entreprises municipales.

M. Imamoglu a dénoncé cette mesure comme une « manoeuvre politique » visant à limiter son pouvoir.

Mais lors du premier conseil municipal présidé par M. Imamoglu le 8 juillet, diffusé en direct dans un souci de transparence, les élus de l’AKP se sont efforcés de faire bonne figure.

L’un d’eux, Tevfik Göksu, a ainsi assuré que le parti présidentiel n’envisageait pas d’adopter une attitude « négative » et qu’il soutiendrait tout projet favorable à Istanbul.

Mais le CHP reste dubitatif.

« Est-ce que je m’attends à des obstacles sérieux dans certains domaines ? Oui, vu leur pouvoir et la majorité au conseil », affirme à l’AFP un porte parole du CHP au sein du conseil municipal, Tarik Balyali.

Mais il souligne que le public saura faire la part des choses si l’AKP essaie de saborder les efforts du nouveau maire et le tiendrait alors en partie responsable de tout échec.

De nombreux opposants espèrent que M. Imamoglu puisse se servir d’Istanbul comme tremplin pour obtenir une stature nationale — tout comme l’avait fait le jeune M. Erdogan dans les années 1990 — pour défier ce dernier lors de la présentielle prévue en 2023.

Toutefois, les perspectives de M. Imamoglu ne dépendent pas uniquement des résultats obtenus à la mairie, mais aussi de sa capacité à garder le soutien de groupes d’opposition allant des laïcs aux Kurdes, voire même certains dissidents de l’AKP, estime M. Seçkin.

« Cela était relativement facile pour une élection municipale, mais une compétition au niveau national risque d’être autrement plus vicieuse et les lignes de fracture entre les différents groupes risquent de peser beaucoup plus », prévient-il.



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