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Jamie Oliver, star des fourneaux à l’empire vacillant

Avec ses plats souvent simples mais inventifs, le chef cuisinier britannique Jamie Oliver a décomplexé et popularisé la cuisine dans son pays, devenant une véritable star nationale, mais n’a pas réussi à transformer l’essai avec ses restaurants.

La faillite annoncée de ses établissements, menaçant plus d’un millier d’emplois, a choqué le public attaché au cuisinier à la bouille enfantine, qui s’est dit lui-même « dévasté ». Sa décontraction comme sa gouaille lui ont rallié de nombreux fans à travers le monde, assidus de ses émissions culinaires comme de ses livres de recettes vendus à des millions d’exemplaires.

Le chef multimillionnaire de 43 ans baigne depuis son enfance dans l’univers culinaire. Il grandit à Clavering (est de l’Angleterre), et fait ses premières armes dans le restaurant-pub de ses parents.

Après un parcours scolaire difficile, marqué par sa dyslexie, qui le détourne de la lecture – il n’achèvera de lire un livre qu’à 38 ans – il intègre à 16 ans l’école de cuisine Westminster Kingsway College.

« Je pense avoir eu beaucoup à prouver », confie-t-il au Telegraph. « Je m’en sortais tellement, tellement mal à l’école que j’ai dû faire mes preuves en travaillant ».

Il décroche son premier emploi à 19 ans comme chef pâtissier au Neal Street Restaurant du chef Antonio Carluccio, à Londres. C’est dans cet établissement italien branché qu’il s’initie à la cuisine italienne et noue avec son mentor, Gennaro Contaldo.

Il enchaîne comme sous-chef au River Café, restaurant italien de Londres étoilé au Michelin, un tournant. Il s’y fait repérer en 1997 à l’occasion d’un documentaire et se voit offrir sa propre émission.

– Jeans et T-shirt –

Deux ans plus tard, Jamie Oliver décolle auprès du grand public avec son programme, « The Naked Chef » (« Le chef nu »), le premier d’une longue série. Une star est née.

Avec naturel et enthousiasme, en jeans et T-shirt, il ne s’encombre ni de termes techniques, ni d’ustensiles compliqués pour réaliser ses recettes, saupoudrant ses démonstrations d’incessants « génial » ou « fantastique ».

Mais pour ce perfectionniste, la cuisine ne se résume pas au strass et aux paillettes. « Je ne suis jamais satisfait, et chercher à atteindre la perfection peut être assez fatiguant », confie-t-il au Guardian en 2008.


En 2002, il investit une grande partie de sa nouvelle fortune pour créer Fifteen à Londres, un restaurant formant des jeunes désavantagés à la restauration. L’initiative fait l’objet d’une série documentaire, « Jamie’s Kitchen ».

Ce chantre d’une cuisine saine et équilibrée, avec des produits frais, fustige dès 2005 la malbouffe dans les cantines scolaires britanniques – hamburgers, frites et plats réchauffés, surtout pas de fruits – dans sa série de télé-réalité « Jamie’s School Dinners ».

« On est en train d’assassiner nos enfants », s’est ému ce père de cinq enfants, marié à son amour de jeunesse Juliette Norton depuis 2000, dans un entretien en 2015 avec l’AFP.

Il fait campagne pour une taxe sur les boissons sucrées, finalement introduite en 2018, et réclame l’interdiction de la publicité télévisée pour la « junk food » avant 21H00.

– Hypocrisie –

Mais Jamie Oliver suscite lui aussi des polémiques. Le chef se voit régulièrement reprocher une campagne « anti-pauvres » pour sa dénonciation des produits industriels souvent meilleur marché, une stigmatisation des gros et une approche hypocrite, lui qui a incarné les supermarchés Sainsbury’s de 2000 à 2011 et s’est associé en 2018 avec Tesco, le n°1 britannique de la distribution.

Il affronte une nouvelle salve de critiques quand il accepte en décembre de la même année, pour 5 millions de livres, de revoir l’offre alimentaire des stations-service du géant pétrolier Shell alors qu’il a pris fait et cause contre le changement climatique.

Il est aussi accusé d’appropriation culturelle en commercialisant un plat de riz d’inspiration jamaïcaine et déclenche un « paellagate » avec sa recette très personnelle de la paella. En Islande, certains digèrent mal le saumon d’élevage servi dans son restaurant italien ouvert en 2017.

Des revers, Jamie Oliver en essuie aussi en affaires même s’il continue à tirer d’importants profits de ses livres et produits dérivés portant son nom.

En 2017, son empire est dans le rouge et il est contraint de fermer une dizaine de restaurants de la chaîne « Jamie’s Italian » au Royaume-Uni, lancée neuf ans plus tôt. Mardi, c’est l’annonce de la faillite.

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