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La dernière poche de l’EI en Syrie à portée des forces antijihadistes

Le drapeau noir du groupe Etat islamique (EI) flotte au-dessus d’un bâtiment criblé de balles. Des femmes en niqab se baladent et des hommes s’agitent au milieu des débris. La dernière poche jihadiste est désormais à quelques dizaines de mètres des forces adverses.

Poussés dans leurs derniers retranchements dans le village de Baghouz au bord du fleuve Euphrate, les jihadistes ne conservent plus qu’un bout de hameau désertique aux confins orientaux de la Syrie.

« Nous sommes seulement à quelques dizaines de mètres » des jihadistes, lance Ahmad al-Siyyan, un combattant des Forces démocratiques syriennes (FDS) engagées dans une ultime offensive contre l’EI.

« C’est le point le plus proche que nous contrôlons », ajoute ce combattant de 24 ans, muni d’une paire de jumelles.

Il montre du doigt trois hommes vêtus d’une tunique kaki marchant au milieu d’un ramassis de tentes, de voitures calcinées et de tranchées couvertes d’étoffes.

Les FDS ont réussi à grignoter une partie de cet ultime carré jihadiste, soutenus dans l’air par la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis.

Si les combats au sol ont pratiquement cessé, les frappes ciblées se sont poursuivies par intermittence sur le camp.

– Véhicules, vêtements et tranchées –

Dans un terrain vague, « zone tampon » entre les deux camps adverses, des véhicules abandonnés par l’EI trônent au milieu de lambeaux de vêtements et de tranchées creusées par les jihadistes pour se protéger des bombardements.

Non loin, un grand camion carbonisé après avoir été touché lors des combats. Servant de réservoir à munitions, selon des combattants, l’explosion du véhicule a provoqué une énorme colonne de fumée noire dans le ciel pendant plusieurs jours.

La semaine dernière, les FDS ont encore suspendu leur offensive pour laisser sortir les civils de la poche jihadiste.

Leur victoire à Baghouz donnerait le coup de grâce au « califat » proclamé par l’EI il y a près de cinq ans sur les territoires conquis à cheval en Syrie et en Irak voisin, après la défaite de l’organisation jihadiste en 2017 en Irak.

« Lorsque le soleil se lève, des civils se dirigent vers nous, mais des tireurs embusqués (de l’EI) tirent sur eux pour les forcer à rebrousser chemin », dit M. Siyyan. « Nous avons réussi à sortir quelques civils du camp » et samedi, « un (jihadiste) de nationalité émiratie a essayé de s’infiltrer parmi nous, mais nous l’avons capturé ».

Depuis décembre, des dizaines de milliers de femmes, d’enfants et d’hommes ont quitté le dernier réduit assiégé, dont des milliers de jihadistes qui ont été arrêtés.


Au-dessus du camp de l’EI, une fumée noire s’échappe dans le ciel, probablement provoquée par des pneus brûlés, disent des combattants.

– « Victoire acquise » –

Près d’un ancien hôpital de fortune de l’EI reconverti en position militaire des FDS, des seringues et des boîtes de médicaments jonchent le sol.

Plus loin, des cartouches vides, des casseroles, des poêles brûlées, des poussettes et un ordinateur abandonnés.

Les jihadistes ont truffé la zone de mines et eu recours à des voitures piégées, selon les FDS.

« Partout où nous allons, nous trouvons deux ou trois ceintures d’explosifs. Dans ce secteur, j’ai vu dix à 15 ceintures », affirme Shevan al-Hassaké, un autre combattant de l’alliance arabo-kurde.

À l’intérieur d’une tente de fortune, des mouches bourdonnent au-dessus d’un poêle à bois recouvert d’ustensiles. Un pull bleu pour enfant trône au milieu d’une machine à laver.

A proximité, une tranchée bordée de draps servait d’abri aux assiégés. Plus loin, une autre tranchée abrite un réservoir d’eau.

« Ils cachaient des armes ici », affirme un combattant.

Lorsque les FDS ont conquis cette partie de l’ultime poche de l’EI, elles ont découvert armes, munitions et dépouilles de jihadistes, racontent ses camarades.

Dans ce silence de la mort, un combattant se met à fredonner un chant populaire. Ses compagnons d’armes l’observent et sourient.

Pour ces jeunes guerriers, la victoire est inéluctable.

« Ils ont seulement le camp, ils ont perdu », se réjouit un combattant surnommé également Shevan. « La victoire est acquise. Ils sont devant un fait accompli ».

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