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La fin toute théorique de la main d’oeuvre expatriée nord-coréenne

L’ONU a donné jusqu’à dimanche pour renvoyer chez eux les Nord-Coréens travaillant à l’étranger. Mais cette serveuse d’un restaurant nord-coréen de Pékin n’en a cure: « Je rentre au pays pour les fêtes mais après, je reviendrai ».

Voilà des décennies que Pyongyang tire des recettes non négligeables des salaires de son armée de travailleurs expatriés. La majorité sont en Chine et en Russie, mais on en trouve aussi en Europe, au Proche-Orient ou en Afrique.

En 2017, alors que la tension était à son paroxysme sur la péninsule en raison des programmes nucléaires et balistiques nord-coréens, le Conseil de sécurité des Nations unies avait durci son arsenal de sanctions pour contraindre Pyongyang de renoncer à ses lubies atomiques.

Adoptée le 22 décembre 2017, sa résolution 2397 donnait deux ans à tous les pays pour renvoyer chez eux les travailleurs nord-coréens.

Mais les experts sont sceptiques quant à sa mise en oeuvre, convaincus que Pékin et Moscou n’entendent pas se priver d’une source de main d’oeuvre très bon marché.

Au moment où les négociations entre Pyongyang et Washington sur le nucléaire sont dans l’impasse, Chine et Russie viennent d’ailleurs de proposer d' »ajuster les sanctions », notamment de renoncer à l’interdiction de l’emploi de Nord-Coréens.

– Pas de rapport chinois –

On estimait fin 2017 que 50.000 Nord-Coréens travaillaient en Chine. Diverses sources affirment que des Nord-Coréens continuent d’affluer dans des usines chinoises.

Certains sont aussi employés dans la capitale chinoise, comme cette serveuse qui travaille depuis quatre ans à Unban, restaurant nord-coréen tout proche de l’ambassade.

« Personne ne nous a dit que le restaurant allait fermer », dit-elle à l’AFP sous couvert de l’anonymat. « Deux nouveaux collègues ont commencé le mois dernier. »

Le rapport de mise en oeuvre de la Chine est le seul qui ne soit pas accessible sur la page internet du comité de l’ONU veillant à l’application des sanctions.

Mais la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Hua Chunying a soutenu la semaine dernière que Pékin mettait en oeuvre « consciencieusement » les résolutions de l’ONU.

Elle s’est refusée à chiffrer le contingent nord-coréen dans son pays.

Fin 2017, ils étaient plus de 30.000 en Russie. Et en septembre, l’ambassadeur de Russie en Corée du Nord, Alexandre Matsegora a affirmé que le chiffre avait déjà été ramené à moins de 10.000.

« Après le 22 décembre, plus aucun Nord-Coréen ne se trouvera en Russie avec un visa de travail », a-t-il assuré à l’agence RIA Novosti.

– Visas de tourisme –


Sauf que la résolution 2397 ne spécifie pas le type de visa. Elle mentionne plus largement « tous les ressortissants de République populaire démocratique de Corée touchant des revenus ».

« Comme la Russie ne peut plus délivrer de visas de travail du fait des sanctions, les travailleurs nord-coréens y vont sur des visas de touristes », explique à l’AFP Kang Dong-wan, professeur à l’Université sud-coréenne de Donga.

Les chiffres officiels russes montrent qu’entre janvier et septembre, Moscou a délivré six fois plus de visas de touristes à des Nord-Coréens qu’au cours de toute l’année 2018, et trois fois plus de visas d’étude.

La péninsule a connu ces deux dernières années une remarquable détente. Mais les choses se sont envenimées ces derniers mois et Pyongyang a donné jusqu’à la fin de l’année à Washington pour débloquer le dossier nucléaire.

Les travailleurs expatriés, pour beaucoup employés dans les secteurs industriels et forestiers, rapportent plus d’un demi-milliard de dollars par an, selon les estimations de la mission américaine auprès de l’ONU.

Les travailleurs nord-coréens ne peuvent garder qu’une fraction de leur salaire, selon des dissidents.

– « Contre-productif » –

Ro Hui-chang, qui a supervisé pendant près de 10 ans les Nord-Coréens travaillant au Proche-Orient et en Russie avant de fuir au Sud en 2014, affirment que les entreprises versent en moyenne un salaire mensuel de 1.500 dollars. Mais 90% est directement capté par le gouvernement nord-coréen.

« C’était des recettes garanties », raconte M. Ro à l’AFP.

Les conditions de vie et de travail étaient difficiles, avec des journées de travail d’au moins 12 heures.

Pourtant, ces postes ont toujours été convoités car considérés comme une rarissime occasion de mettre un peu de côté. Seules les personnes appartenant à des familles irréprochables les obtiennent, souvent au moyen de dessous-de-table, explique Andrei Lankov, de l’Université Kookmin de Séoul.

Les conditions à l’étranger sont difficiles, « mais souvent moins qu’en Corée du Nord », ajoute-t-il.

Pour lui, l’interdiction de l’ONU est une erreur car ces expatriés sont une force de changement pour avoir été exposés au monde extérieur, au travers des médias étrangers. Leurs économies sont souvent réinvesties au pays dans de petites initiatives privées contribuant à une « libéralisation » toute relative.

« Ces sanctions sont contre-productives et immorales », dit-il. « Elles pénalisent peut-être un peu l’élite, mais elles font surtout du mal aux gens ordinaires. »

burs-sh-slb/jac


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