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La « guerre culturelle » fait rage dans le Brésil de Bolsonaro

« Créer une machine de guerre culturelle »: c’est la mission de Roberto Alvim, choisi par le président d’extrême droite Jair Bolsonaro pour diriger le principal organe public qui régit le spectacle vivant au Brésil.

Nommé fin juin à la tête du Centre des Arts de la scène de la Fondation National des Arts (Funarte), ce metteur en scène réputé est déterminé à mener une « croisade » contre les idées progressistes.

Pour cela, il a publié sur les réseaux sociaux un appel aux professionnels du secteur « alignés avec les valeurs conservatrices » à s’unir pour contrecarrer ce qu’il considère comme une offensive d’artistes accusés de propager le « marxisme culturel ».

« Je n’ai pas inventé la guerre culturelle. Elle a été menée de façon brutale par la gauche depuis au moins 30 ans », explique le metteur en scène de 46 ans dans un échange de messages sur Whatsapp avec l’AFP.

« Tout artiste non aligné avec la gauche est boycotté, diffamé et on l’empêche de travailler, ça m’est arrivé », souligne-t-il.

Au sein de la Funarte, Roberto Alvim veut à présent « équilibrer le jeu ».

Comment ? Avec le nerf de la guerre, des subventions visant à « donner les moyens matériels pour la création d’oeuvres qui émancipent le spectateur poétiquement ».

« Tout le contraire de ces oeuvres au service d’intérêts progressistes, avec un discours idéologique orienté. C’est ce qui caractérise le théâtre brésilien depuis longtemps », ajoute-t-il.

Il mise notamment sur la « création de compagnies au répertoire classique, tout comme l’écriture d’oeuvres contemporaines qui aient pour référence la complexité technique et la profondeur de celles de Shakespeare, Nelson Rodriguez, Esquilo, Strindberg ou Ibsen ».

« On peut dire que c’est un combat similaire à celui des croisades. Nous nous battons pour notre civilisation judéo-chrétienne, contre sa destruction par les forces progressistes », résume cet admirateur du philosophe sulfureux Olavo de Carvalho, le « gourou » du président Bolsonaro.

La vague ultra-conservatrice qui a permis l’élection au Brésil de ce chantre de la dictature militaire (1964-1985) a également submergé les milieux artistiques.

Le ministère de la Culture a tout simplement disparu, réduit au rang de simple département de celui de la Citoyenneté.


– Crise d’identité –

Pour le philosophe Eduardo Wolf, chercheur à l’université catholique PUC de Sao Paulo, cette « guerre culturelle » est livrée autour de questions ethniques, religieuses ou de sexualité, « quand l’identité nationale est considérée comme un concept figé, ce qui est un mythe ».

Mais il admet que « la radicalisation idéologique de la gauche a attisé les tensions » et provoqué « une réaction d’une droite régressive, adepte de théories du complot et des réponses autoritaires ».

Les contours de la « croisade » du gouvernement ne sont pas encore clairement définis, mais les partisans de M. Bolsonaro ont déjà commencé à se mobiliser, parfois de façon musclée, pour montrer leur désapprobation vis-à-vis de manifestations culturelles.

Mercredi, le salon du livre de Jaraguá do Sul (sud) a annulé la participation de la journaliste Miriam Leitao et de son mari, le sociologue Sérgio Abranches, très critiques envers le gouvernement, en raison de menaces à leur encontre.

Nayse Lopez, coordinatrice artistique du festival de danse Panorama, se dit par ailleurs inquiète des difficultés à trouver des financements, aussi bien publics que privés, dans un pays plombé par la crise économique.

Pour elle, l’impact des politiques publiques ne pourra être mesuré « que dans six mois ou un an, quand on verra combien le gouvernement a consacré au financement de projets » culturels.

Jeudi soir, le président Bolsonaro a déjà annoncé la couleur, affirmant que l’argent public ne devrait plus être utilisé pour des productions comme « Bruna Surfistinha », film de 2011 qui raconte l’histoire d’une célèbre prostituée.

La vague conservatrice oblige les artistes « à élaborer de nouvelles stratégies pour exister dans une société aussi divisée », explique Nayse Lopez.

« Je ne peux pas croire que le Brésil puisse vivre sans art, nous allons trouver des moyens de survie ».

« Au Brésil en ce moment, nous devons vraiment être unis pour résister à certaines des choses folles qui se déroulent », a affirmé en mai à l’AFP Kléber Mendonça, réalisateur de « Bacurau », qui a remporté le prix du Jury au dernier festival de Cannes.



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