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La Mauritanie à l’heure des préparatifs pour élire un nouveau président

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A quelques heures de l’élection présidentielle du 22 juin 2019 de la Mauritanie, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) se dit fin prête pour un bon déroulement du scrutin, au moment où dans plusieurs quartiers de Nouakchott, la capitale, l’ambiance d’une élection peine à se faire ressentir… malgré cette échéance décisive pour l’avenir du pays qui met à l’épreuve six candidats.Debout devant un mortier et des briques de construction, Oumar Dia et Malick Sall, deux collégiens de 19 ans, sont venus faire le métier de manœuvre dans ce chantier en ce début de vacances scolaires. Avec leur visage qui en dit long sur leur jeune âge, ces primo-votants n’en sont pas moins conscients sur ce qui doit se décider demain pour leur pays. Et ils vont bien y participer, parmi les « 1,5 million d’électeurs » mauritaniens, dans le but de « changer les choses ».

Voulant devenir « médecins » à la fin de leurs études, ces deux bonhommes ont déjà leur candidat en la personne du militant anti-esclavagiste, Biram Dah Ould Abeid, qui par ailleurs semble bénéficier de plusieurs sympathisants dans la communauté noire.

« Il faut sonner la fin de la discrimination et que les Mauritaniens soient mis au même niveau d’égalité au point de vue des postes à pourvoir », a soutenu Oumar Dia en face d’une grande affiche de Mouhamed Ould El Ghazouani, le candidat du parti au pouvoir, dans cette rue de Tavragh Zein relativement calme.

Comme partout ailleurs dans la capitale de ce pays de près de quatre millions d’habitants, répartis entre les arabo-berbères, les haratines (descendants d’esclaves) et les afro-mauritaniens d’ethnies subsahariennes (wolof, peul et soninké), c’est cette ambiance anecdotique qui fait la loi. A côté, l’image de Ghazouani, ex-général et ancien ministre de la Défense, est omniprésente comme Big Brother dans « 1984 » de Georges Orwell.

Par ailleurs, cette ambiance est toute « naturelle », selon Saidou Dia, laveur de voitures. Il soutient « qu’il n’y a même pas eu de campagne ».

Nourrissant toutefois l’espoir de voir « un bon président » pour son pays, ce père de famille a lui, par contre, un penchant pour Hamidou Kane Baba, journaliste et candidat malheureux à la présidentielle de 2009. Ce dernier avait assisté à l’époque à l’élection de Mohamed Ould Abdelaziz pour son premier mandat au pouvoir, qu’il va céder en août au vainqueur du scrutin dont le premier tour est prévu demain samedi.

Par ailleurs, M. Dia, qui voit pour la première fois « deux candidats noirs » dans une présidentielle en Mauritanie, réclame lui aussi plus de justice et d’équité de la part du futur chef de l’Etat.

Dénonçant le « racisme » et la discrimination dont les noirs sont victimes dans le pays, il note que ceux-ci ne sont pas assez unis pour combattre ce fait. Il souligne que certains leaders parmi eux font tout pour perpétuer le système à cause des avantages qu’ils y tirent, déplorant de ce fait « les salaires de misère » que les personnes de son genre ont auprès des berbères.


« Dans le village d’où je viens, le maire peul de la localité a demandé aux habitants de voter pour Ghazouani. Il a dit que ce pays ne sera jamais dirigé par un noir », a-t-il confié, notant déjà que « les achats de voix » ont commencé.

Toutefois, Khadim Koné, un électricien du bâtiment, croit bien en la possibilité d’un « second tour ».

Rencontré au détour d’une rue, ce bambara va voter pour Biram Abeid même s’il déclare avoir « plus d’affinités » pour Hamidou Kane Baba, « du côté surtout de ma mère qui est halpulaar ». Mais ce qui fait la différence pour lui est que le militant antiesclavagiste, emprisonné plusieurs fois pour ses prises de position, « est plus proche de la population des discriminés. Tout le contraire de l’autre qui ne se présente qu’en ces moments ».

Malgré tout, il veut que les choses changent et « que le pouvoir quitte enfin la main des militaires pour celle des civils » dans ce pays qui a longtemps vécu avec les coups d’Etat.

La campagne électorale a pris fin hier vendredi pour les six prétendants à la succession d’Abdelaziz, dont l’ancien Premier ministre Ould Boubacar qui est l’un des plus connus. Ce dernier jouit du soutien du parti islamiste de Tawassoul, principale force politique d’opposition.

Mohamed Ould Mouloud est soutenu pour sa part par l’opposition historique incarnée par Ahmed Ould Daddah, président du Rassemblement des forces démocratiques (RFD), atteint par la limite d’âge de 75 ans.

Le moins populaire se trouve être Mohamed Lemine El-Mourteji El-Wavi, expert financier et haut fonctionnaire du Trésor mauritanien.



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