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La politique fait les choux gras des journaux camerounais

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La répression politico-judiciaire contre le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC, opposition) supplante les autres faits de l’actualité, dans les journaux du pays parus mercredi.Il était attendu la veille au tribunal militaire de Yaoundé, le leader de la formation, Maurice Kamto, accusé ainsi qu’une centaine de collaborateurs, d’alliés et de militants, d’«hostilité contre la patrie», «rébellion de groupe», «insurrection», «incitation à la révolte» et «perturbation de la circulation des personnes et des biens» pour avoir organisé, le 26 janvier dans la métropole économique, Douala, une manifestation contre le «hold-up électoral» de Paul Biya à l’élection présidentielle du 7 octobre 2018.

 Le Jour relate sa «folle journée» : ovations de sympathisants à l’arrivée au tribunal, refus de ses avocats de se plier à l’injonction de se débarrasser de leurs téléphones portables, conciliabules, éclats de voix avec des magistrats visiblement gênés aux entournures.

 Et la conclusion de ces joutes oratoires, chez le juge d’instruction, coule de source dans les colonnes de Mutations, Le Messager, L’œil du Sahel et Émergence : les défenseurs de l’opposant demandent à la cour de se déclarer incompétente, vu le statut du prévenu et, surtout, les conventions internationales auxquelles le Cameroun est lié, notamment les directives et principes de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples qui disposent que «les tribunaux militaires ont pour seul objet de connaître des infractions d’une nature purement militaire, commises par le personnel militaire».

Juger un civil devant un tribunal militaire est contraire aux conventions internationales ratifiées par le Cameroun, appuie Mutations, et les conventions internationales sont au-dessus des lois nationales.

On en était encore là lorsque, dans le même journée, rapporte Le Messager, la vice-présidente du MRC en charge de l’organisation des femmes, Michèle Ndoki, était arrêtée dans une localité du Sud-Ouest frontalière avec le Nigeria, dans ce qui apparaît, selon le quotidien à capitaux privés, comme une tentative de décapitation en règle d’un parti qui fait perdre le sommeil au pouvoir de Yaoundé.

Et de rappeler que la non moins avocate fut, le 26 janvier dernier, blessée par balles tirées par els forces dite de maintien de l’ordre, alors qu’elle manifestait pacifiquement à Douala, la métropole économique, pour dénoncer le «hold-up électoral» de Paul Biya et des siens.

 «Membre du collectif des avocats du candidat Maurice Kamto, lors du contentieux de la présidentielle du 7 octobre, Me Ndoki, par ailleurs major au concours de la meilleure plaidoirie en 2018, avait, rappelle InfoMatin, surtout marqué les esprits par sa verve, face au Conseil constitutionnel, à dénoncer ce qu’elle a qualifié de preuves irréfutables de fraudes électorales dans plusieurs régions du Cameroun.»

À en croire le titre de l’hebdomadaire spécialisé Kalara, «Manifestations publiques : Mekobe Sone juge Maurice Kamto coupable avant le tribunal militaire», même le président de la Cour suprême vient, lors de l’audience de rentrée solennelle de ladite juridiction, de prononcer par anticipation la condamnation du leader du MRC et de ses partisans à travers un discours inaugural qualifié de controversé.


En se prononçant publiquement, sous le prétexte des atteintes aux libertés publiques, contre l’organisation de manifestations non autorisées, le haut magistrat prend le risque de donner du pays l’image d’un goulag.

Maurice Kamto, comme les siens, sont des prisonniers de droit commun et non des prisonniers politiques, tranche Repères pour qui le président du MRC, «mauvais perdant de la présidentielle du 7 octobre, a maille à partir avec la justice pour des fautes prévues et punies par le Code pénal, et non pour son ambition ou la menace que représenterait son parti».

Reste que du côté du régime, on ne semble pas non plus très flamboyant quant à l’avenir immédiat, s’empresse d’ajouter cette publication au vu de ce qu’il qualifie de «mise en coma prolongé» du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir) par le secrétaire général de son comité central, Jean Nkueté, accusé de manquer de stratégie à la veille des élections législatives et municipales.

A l’heure des inscriptions sur les listes électorales, constate le journal, l’homme semble atteint d’un engourdissement irréversible, une léthargie qui affole jusqu’à des échelons très élevés du parti, où l’on se demande désormais s’il a décidé de mener les troupes à l’abattoir, «le même qui, avant la présidentielle du 7 octobre, s’était déjà distingué par des messes noires, sur fond de tribalisme et d’intelligence avec l’adversaire».

 Un autre dignitaire du régime, lui aussi sur la sellette est, selon L’œil du Sahel, le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yeguie Djibril, qui vient de mordre la poussière au tribunal face à son ancien directeur de cabinet, Bouba Simala, qu’il avait traîné à la barre pour tentative d’assassinat.

Le même pouvoir, renchérit Mutations, n’a pas davantage d’arguments pour défendre son bilan en matière d’insertion professionnelle des jeunes, les multiples programmes mis sur pied pour la cause ressemblant beaucoup plus à des gadgets.

N’empêche que, répond en écho le quotidien à capitaux publics Cameroon Tribune, le pays et l’Organisation internationale du travail (OIT), qui au passage célèbre le centenaire de sa création, sont en «accord parfait», une symbiose célébrée par le Premier ministre Joseph Dion Ngute à travers la concertation permanente pour la promotion de la justice sociale.



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