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La Russie, pionnière dans le rapatriement des enfants de jihadistes

La Russie, dont les citoyens ont fourni l’un des plus gros contingents de combattants du groupe Etat islamique, s’évertue de longue date à rapatrier les enfants et parfois les femmes des jihadistes, après avoir tout fait pour « tuer sur place » ces derniers.

Avec les défaites subies par l’organisation jihadiste, aujourd’hui acculée dans une dernière poche de l’est syrien et en passe d’être vaincue, le retour des familles de combattants est devenu un casse-tête auquel sont confrontés de nombreux pays. Moscou a, pour sa part, organisé les premiers retours massifs il y a un peu plus d’un an.

Dernier en date, début février, un avion Iliouchine-76 du ministère russe des Situations d’urgence s’est posé à l’aéroport Ramenskoïe, non loin de Moscou, et débarqué devant les caméras de télévision 27 enfants dont les mères sont détenues dans des prisons irakiennes pour leur appartenance présumée à l’EI.

Âgés de 4 à 13 ans, beaucoup d’entre eux n’ont jamais connu le froid hivernal de la capitale russe, étant nés dans les territoires sous contrôle de l’organisation jihadiste ou emmenés en Irak et en Syrie par leurs parents alors qu’ils étaient encore en bas âge.

Ces filles et garçons doivent passer à leur retour une série d’examens médicaux avant d’être remis à des membres de leurs familles: des oncles, des tantes, des grands-parents, la plupart originaires des républiques russes à majorité musulmane du Caucase.

« Ils vont à l’école et au jardin d’enfants. Des volontaires travaillent et discutent avec eux de ce qu’ils ont traversé et leur expliquent comment ils ont été endoctrinés », raconte Kheda Saratova, l’une des conseillères du dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, au coeur du dispositif russe de rapatriement des familles de jihadistes.

– Femmes, enfants et repentis –

Si les autorités russes ont fourni des chiffres parfois contradictoires sur ces retours, au moins 200 femmes et enfants ont été rapatriés, tandis que près de 1.400 enfants sont encore bloqués sur place, selon Mme Saratova.

Protégé du Kremlin, l’autoritaire Ramzan Kadyrov a été chargé par le président Vladimir Poutine du rapatriement des femmes, enfants et parfois jihadistes repentis, s’affichant à plusieurs reprises à la télévision à leurs côtés.

« Les femmes et les enfants doivent être rapatriés en Russie, et les coupables doivent répondre de leurs actes devant la loi russe. Les enfants sont innocents. Personne ne leur a demandé, où ils voulaient naître », a déclaré en décembre M. Kadyrov sur la messagerie Telegram.

« C’est très positif pour l’image de Kadyrov. Il apparait comme quelqu’un qui ne lutte pas seulement contre les terroristes, mais qui construit des mosquées et s’occupe d’aide humanitaire », souligne Grigori Chvedov, rédacteur en chef du portail spécialisé Caucasian Knot.


En intervenant militairement en Syrie en septembre 2015, Vladimir Poutine avait fixé le cap: « détruire » les jihadistes sur place, pour « ne pas attendre qu’ils arrivent chez nous ».

Des dizaines de jihadistes repentis sont néanmoins parvenus à revenir en Russie ces dernières années, selon les autorités, certains écopant de peines de prison ferme malgré de timides tentatives de réintégration au sein de la société russe.

– « Un danger » –

Le retour en Russie des femmes de jihadistes est, lui, compliqué par l’absence d’accord d’extradition entre la Russie et l’Irak, où elles ont été condamnées, parfois à la perpétuité, et par les réticences des puissants services de sécurité russes, le FSB.

« Le FSB voit en elles un danger, mais beaucoup de ces femmes ont acheté leur liberté aux Kurdes et elles reviendront de toute façon un jour ou l’autre », souligne Mme Saratova.

L’arrivée des anciennes femmes de jihadistes dans leurs régions natales ne se fait pas sans encombre, la loi russe considérant tout soutien à l’EI comme un crime passible de lourdes peines de prison.

« Une sorte d’amnistie a été promise à beaucoup, mais dans les faits, cela ne se produit pas. Il y a des procès, parfois montés de toutes pièces, parfois réels », explique le journaliste Gregori Chvedov.

L’année dernière, deux Daguestanaises de retour de Syrie ont ainsi été condamnées à 8 ans de prison, mais ont convaincu le tribunal de retarder l’application de leur peine en raison de leurs enfants en bas âge.

Les enfants rescapés du « Califat » de l’EI doivent, eux, faire face à une difficile réintégration à la vie en Russie, un pays qu’ils n’ont presque pas connu.

Les autorités espèrent que le retour de ces enfants auprès de membres de leur famille va minimiser le risque de radicalisation une fois à l’âge adulte, dans des régions du Caucase russe où une insurrection armée islamiste est encore active.



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