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La température monte encore entre Trump et les démocrates

Enquêtes, contre-enquêtes, coups bas, accusations de « trahison » et vidéo manipulée, les relations entre le président républicain Donald Trump et les démocrates ont atteint vendredi un niveau de détérioration inédit.

Les coups volent bas depuis plusieurs jours.

Et c’est dans cette ambiance tendue que la présidente démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi tente de calmer ses élus, encore minoritaires, qui exhortent à lancer une procédure de destitution contre le milliardaire républicain.

Une option potentiellement explosive qu’elle considère comme une « source de grandes divisions » qui risquerait de brouiller le message des démocrates à l’approche des élections présidentielle et parlementaires de 2020.

Pour l’instant, cette femme politique aguerrie âgée de 79 ans parvient à tenir ses troupes.

Et elle semble avoir été aidée en cela par la spectaculaire escalade des tensions personnelles avec Donald Trump, 72 ans, qui valait notamment vendredi à la démocrate le soutien public et admiratif d’un élu médiatique pourtant en faveur de la destitution.

Les deux dirigeants ont franchi un pallier jeudi lors d’un spectaculaire échange de déclarations publiques particulièrement désobligeantes, mettant chacun en doute l’équilibre mental de l’autre.

Depuis, le président des Etats-Unis a retweeté un montage vidéo de Nancy Pelosi rassemblant des extraits d’une conférence de presse où elle semble bafouiller.

Mais c’est une autre vidéo, manipulée pour donner l’impression que la démocrate était ivre ou s’exprimait avec grandes difficultés, qui faisait scandale vendredi.

Partagée des millions de fois sur les réseaux sociaux, y compris, brièvement, par l’avocat de Donald Trump Rudy Giuliani, cette vidéo a été ralentie à environ 75% de sa vitesse normale pour lui donner une élocution pâteuse, selon une analyse des journalistes de l’AFP.

Une version postée sur Facebook par le site conservateur Politics WatchDog a été vue plus de 2,4 millions de fois.

– « Espionnage » –

Derrière les échanges de piques et insultes, le duel entre Nancy Pelosi et Donald Trump s’inscrit dans le contexte bien sérieux de la longue enquête russe.


Dans un long rapport publié fin avril après quasiment deux ans d’enquête, le procureur spécial Robert Mueller fait état de l’ingérence russe dans la présidentielle américaine de 2016 mais conclut que l’équipe de campagne de Donald Trump n’a pas coopéré avec Moscou.

L’ex-chef de la police fédérale (FBI) se garde en revanche de blanchir le président des soupçons d’entrave à la justice.

Les démocrates, comme plusieurs centaines de procureurs, y voient des signaux clairs que Donald Trump pourrait avoir tenté de bloquer l’enquête. Certains estiment même que Robert Mueller a passé, à mots à peine couverts, le relais au Congrès pour enquêter.

Forts de leur majorité à la Chambre, les démocrates ont juré de faire toute la lumière et multiplient les injonctions et convocations de témoins, tout en menant d’autres enquêtes visant le milliardaire, notamment sur ses finances.

Un « harcèlement », dénonce Donald Trump, qui a refusé de coopérer avec plusieurs demandes du Congrès.

Ce sont ces blocages à répétition qui ont soufflé cette semaine sur les braises du débat de la destitution du côté des démocrates, où les voix en faveur se sont faites plus bruyantes.

Au point que plusieurs démocrates, dont Nancy Pelosi, affirment que Donald Trump –véritable « animal politique » qui brigue en 2020 un second mandat– pousse en fait en cette direction, bien conscient qu’une procédure de destitution serait probablement très impopulaire.

Dénonçant depuis des mois une « chasse aux sorcières », parlant même de « trahison », l’hôte de la Maison Blanche s’estime totalement blanchi par le rapport Mueller.

Et il a répliqué en ordonnant à son ministre de la Justice Bill Barr d’enquêter sur « l’espionnage » de sa campagne présidentielle de 2016 par les services de renseignement américains, afin de déterminer si cette surveillance était justifiée.

Un mot, « espionnage », qu’a récemment refusé d’employer le directeur du FBI Christopher Wray pour qualifier l’enquête.

Le FBI avait ouvert dès juillet 2016 une enquête sur les ingérences de Moscou dans la campagne présidentielle, qui s’est ensuite intéressée aux contacts entre l’entourage du candidat républicain et Moscou.

Donald Trump est passé à la vitesse supérieure jeudi en ordonnant aux services de renseignement de « coopérer pleinement » à l’enquête de Bill Barr, qui a désormais « le pouvoir absolu » de déclassifier toute information pertinente.

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