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La vidéo du « chef » de l’EI, pourquoi cette apparition après cinq ans ?

La diffusion lundi par le groupe Etat islamique (EI) d’une vidéo d’un homme présenté comme son chef, Abou Bakr al-Baghdadi, pourrait marquer une nouvelle étape dans l’action de l’organisation jihadiste, après la chute de son « califat », estiment des experts.

Quelle symbolique revêt cette apparition du « calife » de l’EI, la première en près de cinq ans ? Et qu’en est-t-il des conséquences sur le terrain ?

Pourquoi maintenant ?

Abou Bakr al-Baghdadi était jusque-là apparu pour la première et dernière fois en public en 2014 dans la ville irakienne de Mossoul, où il avait proclamé son « califat » sur de vastes territoires en Irak et en Syrie.

Le dernier message attribué à Abou Bakr al-Baghdadi était un enregistrement audio diffusé en août 2018. Il y exhortait ses partisans à poursuivre le « jihad », huit mois après que l’Irak eut déclaré la « victoire » sur l’EI.

La vidéo diffusée lundi intervient plus d’un mois après la défaite infligée à l’EI à Baghouz dans l’est de la Syrie, dernier vestige du « califat » qui a été reconquis fin mars par les Forces démocratiques syriennes (FDS) soutenues par Washington.

Selon SITE, le centre américain de surveillance des mouvements extrémistes et l’expert irakien de l’EI Hicham Hachemi, l’homme dans l’enregistrement est bien le chef de l’EI.

« Il s’agit de la première vidéo de Baghdadi depuis près de cinq ans. Elle arrive à un moment crucial pour une organisation terroriste qui émerge à peine d’une défaite territoriale », souligne Charles Lister, analyste au Middle East Institute.

Selon lui, l’EI cherche ainsi à « se réaffirmer en tant que mouvement international capable de mener des attaques de grande envergure partout dans le monde ».

L’objectif est de « remonter le moral de ses partisans en montrant que l’EI est toujours un groupe puissant et qu’il est toujours un leader puissant », affirme pour sa part Pieter Nanninga, un expert du jihadisme.

Dans la vidéo postée par l’EI sur ses comptes Telegram, le « chef » admet la défaite à Baghouz, assurant que l’EI « se vengera » et que le combat contre l’Occident est « une longue bataille ».

Nouvelle ère pour l’EI ?

La vidéo vient consacrer la mutation d’un groupe ayant renoué avec la clandestinité, et le début d’une nouvelle phase.

Pour Amarnath Amarasingam, analyste à l’Institute for Strategic Dialogue, le but du discours est de montrer que le groupe traverse « une période de transition ».


Durant cette période, les efforts se concentreront « sur des lieux à l’extérieur de la Syrie et de l’Irak », souligne-t-il, même si dans ces deux pays l’EI dispose de « cellules dormantes » et mène encore des attentats meurtriers.

L’EI a d’ailleurs revendiqué la série d’attentats qui ont frappé le 21 avril des églises catholiques et des hôtels au Sri Lanka, ayant fait plus de 250 morts.

Pour Charlie Winter, chercheur au King’s College de Londres, « Baghdadi veut montrer que si le territoire a été perdu, l’idéologie a été mondialisée comme jamais auparavant ».

La vidéo de lundi « sert non seulement à rappeler que le projet de l’EI est toujours en vie, mais qu’il est désormais plus que jamais important de le démontrer par des actions violentes », souligne de son côté M. Lister.

Baghdadi toujours aux manettes ?

Diabétique et blessé au moins une fois, Abou Bakr al-Baghdadi, dont la mort a été évoquée à plusieurs reprises, a parfois été surnommé le « fantôme ». Son sort restait jusque-là inconnu.

Interrogés par des journalistes de l’AFP au moment de leur sortie de Baghouz, ses partisans ont parfois dénoncé le silence dans lequel était muré leur chef alors que s’écroulait le dernier fief de l’EI.

Pour certains experts, la vidéo diffusée lundi est une preuve que le chef de l’EI est encore vivant et détient toujours les rênes du groupe jihadiste.

« De nombreuses rumeurs ont circulé à propos de la santé de Baghdadi et cette vidéo les tempère: il semble parfaitement en forme et assez confiant », affirme M. Lister.

A la fin de la vidéo, on le voit assis en réunion, en train de consulter les dossiers que lui tend un homme au visage flouté: « province du Yémen », « province de Somalie », « province du Caucase », peut-on notamment lire sur la couverture de ces dossiers.

Aymenn Jawad al-Tamimi, spécialiste des mouvements jihadistes, estime que la vidéo permet de répondre à un certain discours « critique » venant de l’intérieur de l’organisation et le présentant comme un « leader absent ».

« La vidéo tente de montrer qu’il a toujours le contrôle de l’organisation et qu’il est au courant de tout ce qui se passe en Irak et en Syrie, mais aussi à l’étranger », avance-t-il.



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