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L’accord commercial UE-Mercosur: gros potentiel, lourdes contreparties

Aprement négocié pendant 20 ans, l’accord commercial conclu vendredi entre l’UE et le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) est un des plus importants du monde. Mais les deux parties ont dû faire de lourdes concessions pour s’entendre.

– Taille –

Si l’on prend en compte le PIB de tous les pays concernés, l’accord conclu par l’UE en 2018 avec le Japon est légèrement plus important (19.500 milliards d’euros) que celui avec le Mercosur (18.000 milliards d’euros).

Mais en matière de population, l’accord UE-Mercosur est numéro un (770 millions de personnes) devant celui avec le Japon (630 millions).

L’UE et le Mercosur échangent annuellement 88 milliards d’euros de biens, avec une balance très légèrement favorable aux Européens (+2,5 milliards d’euros).

Ces échanges situent le Mercosur entre l’Inde et le Canada, aux alentours de la 10e place parmi les principaux partenaires commerciaux de l’UE.

Mais ils restent modestes par rapport aux 675 milliards d’euros échangés chaque année par les Européens avec les Etats-Unis, leur premier partenaire.

L’UE est à l’inverse le deuxième partenaire commercial du Mercosur derrière la Chine.

– Avantages –

L’accord éliminera des droits de douane sud-américains encore très élevés dans certains secteurs industriels clés: 35% dans l’habillement et l’automobile – au coeur de l’accord – ou encore 18% dans la chimie et 14% dans l’industrie pharmaceutique.

Dans l’agriculture, ces taxes douanières restent importantes dans les spiritueux (jusqu’à 35%), les produits laitiers (28%), le vin (27%) ou le chocolat (20%).

L’accord protégera 357 indications géographiques européennes, comme le comté ou le jambon de Parme, dans une zone où, selon la Commission, elles sont souvent copiées « en raison des liens historiques » entre les deux régions.

L’UE compte également sur l’accord pour mieux accéder au marché sud-américain des services (télécommunications, transports ou services financiers).

Il s’agit par ailleurs du premier accord commercial conclu par le Mercosur, un avantage dont l’UE compte tirer parti.

– Contreparties –

L’UE va devoir ouvrir son marché au boeuf des pays du Mercosur, ainsi qu’à leur éthanol, leur sucre et leurs volailles, autant de secteurs cruciaux pour eux, mais aussi très sensibles pour les producteurs européens, qui n’ont cessé de protester contre ces discussions.


Pour protéger au mieux son marché, l’UE met en place des quotas, de manière à ce que les produits sud-américains soient taxés à partir d’un certain seuil: 99.000 tonnes par an pour le boeuf, 100.000 tonnes pour les volailles, 180.000 tonnes pour le sucre.

Ces concessions sont limitées, mais elles viennent s’ajouter à d’autres quotas tout juste offerts au Canada et au Japon, avec qui l’UE vient aussi de conclure deux accords commerciaux majeurs, ce qui fait bondir les agriculteurs européens.

La Commission a prévu pour eux « une aide financière pouvant atteindre 1 milliard d’euros en cas de perturbation du marché ».

– Environnement –

A l’instar de tous les accords récemment signés par l’UE, celui-ci inclut un chapitre sur le développement durable.

Selon la Commission, ce chapitre couvrira des domaines comme « la conservation des forêts, le respect des droits des travailleurs et la promotion d’un comportement responsable des entreprises ».

L’UE et le Mercosur s’engagent aussi « à mettre en oeuvre efficacement l’accord de Paris sur le climat ».

Malgré ces engagements, non contraignants, plusieurs ONG ont fait part de leur inquiétude sur la situation écologique au Brésil depuis l’investiture en janvier du président d’extrême droite, Jair Bolsonaro.

Ce dernier mène une politique favorable à l’agrobusiness, un poids lourd de l’économie de son pays, mais qui, d’après ces ONG, ronge la forêt amazonienne.

– Incertitudes –

L’accord commercial négocié par la Commission s’inclut dans un Accord d’association plus large avec le Mercosur.

Ce texte devra être approuvé par les 28 Etats membres – parfois via leur Parlements nationaux si leur procédure le requiert – ce qui n’est pas une mince affaire dans un contexte européen tendu, où l’opinion s’interroge sur le bien-fondé du libre-échange et son impact sur le climat, y compris dans les pays traditionnellement favorables au commerce.

En 2016, la Belgique avait à elle seule failli faire capoter la signature de l’accord commercial avec le Canada, le très controversé Ceta.

Mais la volonté de placer l’UE en championne du libre-échange face aux Etats-Unis de Donald Trump, engagés dans une guerre commerciale, en particulier avec la Chine, pourrait jouer en faveur d’une validation rapide.

Le texte devra aussi être approuvé par un vote en plénière du Parlement européen.



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