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Lait, armes, ordinateurs: dans les sacs des femmes du « califat »

Pistolets, ordinateurs portables, pièces d’or, lait en poudre: les combattants antijihadistes fouillant les femmes qui fuient les ruines du « califat » du groupe Etat islamique (EI), dans l’est de la Syrie, font parfois des découvertes surprenantes.

Ces derniers jours, des milliers de personnes ont abandonné l’ultime réduit du groupe Etat islamique (EI) dans le village de Baghouz, n’ayant d’autre choix que de rallier les positions des Forces démocratiques syriennes (FDS), l’alliance arabo-kurde engagée contre les jihadistes.

Encore lundi, des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants sont partis à bord de nombreux camions. Débarquées au coucher du soleil, les femmes au niqab devenus gris de poussière croulent sous le poids de leurs affaires et de leur progéniture.

Interrogées par l’AFP, certaines affirment n’avoir emmené que de très maigres affaires.

« Je n’ai apporté que des vêtements et du lait », confie Abir Mohamad, une femme en niqab, à peine visible dans l’obscurité.

– « Ni photo, ni souvenir » –

Cette Syrienne de 35 ans originaire de la province d’Alep (nord) ouvre un petit sac et en sort une boîte sale contenant un fond de lait en poudre. « Nous n’avions plus rien », lâche-t-elle, accompagnée de trois enfants.

« Ni photos ni souvenirs (…). Nous n’avons apporté que des vêtements », renchérit une autre femme qui refuse de donner son nom, elle aussi d’Alep.

Assise près d’une paire de béquilles, Oum Mohamad, originaire de la même région, dit avoir été blessée il y a six mois par la chute d’un obus sur sa maison.

« Nous avons rassemblé nos vêtements et on est venu avec », raconte la femme de 45 ans aux yeux ridés. « On n’avait plus d’argent ».

Mais selon Nawal Kobané, une combattante des FDS âgée de 18 ans qui fouille minutieusement les femmes en provenance de Baghouz, certaines d’entre elles dissimulent parfois des armes dans les plis de leur niqab noir, ou parmi les affaires de leurs enfants.

« On trouve surtout des ordinateurs et d’autres objets électroniques. Il y a aussi des pistolets, des munitions, des couteaux et des pièces d’or », poursuit-elle.

« Les hommes ne transportent rien, ces objets nous les trouvons uniquement sur les femmes », ajoute la combattante blonde aux yeux verts.


Près de 50.000 personnes, principalement des familles de jihadistes, ont quitté depuis décembre la poche de l’EI, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Parmi eux, se trouvent plus de 5.000 jihadistes, certains arrivés en se faisant passer pour des civils mais qui ont été démasqués, selon l’ONG.

Cela fait plusieurs mois que la poche de l’EI déverse ses habitants, à mesure que le secteur où sont terrés les derniers jihadistes se réduit comme peau de chagrin, grignoté par l’offensive des FDS.

– Reddition –

A bout de souffle après leur sortie de Baghouz, des femmes s’installent sur le sol rocailleux et aride, dans l’attente de la distribution de nourriture.

Tenant un sac à la main, un petit cherche sa mère, et tente de se frayer un chemin à travers la foule. Une femme s’occupe de son enfant, une autre donne le biberon à son nouveau-né tandis qu’une troisième a le regard perdu dans le vide.

A leur arrivée aux lignes des FDS, femmes et hommes sont séparés.

Contrairement aux femmes, qui se montrent généralement loquaces, les hommes patientent silencieusement dans des files d’attente ou s’assoient au sol. Ils ne discutent pas ni ne posent de questions.

« Les hommes ne réclament rien », affirme Mazloum, un combattant des FDS de 29 ans. « Ils se sont rendus », ajoute-t-il.

Khawla Hama, une Irakienne de 53 ans, marche parmi les femmes assises au sol, jetant des regards à gauche et à droite, l’air inquiet. Elle est à la recherche de son fils encore adolescent.

« Il a très peur, il n’a que 14 ans », explique-t-elle anxieusement.

« Il y a encore beaucoup de gens à l’intérieur (de la poche jihadiste), beaucoup de combattants », ajoute-t-elle. « Tout le monde veut sortir ».



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