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Le Barça et l’Ajax terrassés par des «coiffeurs» au cœur de lion

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Liverpool-Tottenham. Cette affiche de la finale de la Ligue européenne des champions prévue le 1er juin prochain au Wanda Metropolitano de l’Atletico Madrid ne déparerait pas un duel au sommet de la Premier League anglaise ou une finale de la FA Cup. Tant elle fait penser à l’ultime phase d’une compétition entre équipes de la « perfide Albion » dont seraient exclus les footballeurs de l’Europe continentale.Au demeurant, le mérite de ces deux formations aura été de déjouer les pronostics en battant de fort belle manière leurs adversaires, présentés à l’entame des demi-finales comme des favoris. Le Barça de Lionel Messi fort de ses trois buts d’avance acquis à l’aller filait tout droit vers la finale, de même que l’Ajax d’Amsterdam de De Ligt et Ziyech était attendu au banquet du Wanda Metropolitano, après sa courte mais solide victoire (1-0) sur le terrain de Tottenham. Au final, il n’en a rien été et les Espagnols tout comme les Néerlandais en sont encore à se pincer pour croire au vilain tour que leur ont joué les Britanniques.

Le plus surprenant dans ces deux bérézina réside dans la similitude de leur déroulé : un impressionnant fighting-spirit déployé en deuxième mi-temps jusqu’à étouffer et réduire à l’impuissance l’adversaire. Si la plus aboutie de cette méthode a été administrée par Liverpool face au Barça qui a pris trois buts en deuxième mi-temps pour n’en rendre aucun, il reste que Tottenham, dans un style moins brillant et plus proche du forceps, a également violé après la pause à trois reprises les cages du Camerounais Onana. Suffisant pour que Lucas Moura, l’auteur du hat-trick, rejoigne en finale Sadio Mané.

Le Brésilien et le Sénégalais, malgré leur mérite, sont à fondre dans le collectif de leur équipe, car en définitive la gagne a été possible grâce à un fighting-spirit « collectif ». Certes, le football britannique a toujours fait preuve d’engagement et d’esprit combatif, mais cette mentalité n’a certainement jamais été autant mise au service de la collectivité que durant ces deux matchs de demi-finale retour livrés par les Reds et les Spurs.

Cette nouveauté a permis de gommer les absences de vedettes comme Mo Salah, Firmino et Naby Keita à Liverpool et Harry Kane à Tottenham. Des têtes de gondole que beaucoup de spécialistes, nourris à la tradition d’un football basé sur le vedettariat, n’ont cessé de regretter jusqu’à donner peu de chances au reste de leurs coéquipiers perçus comme des bouche-trous qu’allaient manger tout crus le Barça et l’Ajax.

Au demeurant, il n’est pas faux de penser ainsi dans la mesure où, pris individuellement ces remplaçants n’ont pas loin s’en faut le talent des titulaires, mais jetés dans le collectif ils ont été capables de se transcender pour s’y fondre harmonieusement. Leurs entraineurs, Jurgen Klopp et Mauricio Pochettino, ont eu le mérite de le comprendre et de leur tenir le discours selon lequel un match de football peut, à défaut d’un talent de celui de Messi et de Ronaldo, se gagner par les tripes.

Au vu de la performance accomplie par les deux finalistes, presque personne ne regrette les absences de leurs joueurs vedettes qui, peut-être, ne nous auraient pas permis d’assister à ces inédits come-back. Qui sait ? Leur présence aurait certainement poussé comme d’habitude leurs coéquipiers à se reposer sur eux, à les laisser se débrouiller pour, avec leur talent, trouver les clés ouvrant les portes de la qualification.


Cette recette est pratiquée généralement outre-Manche par des équipes comme Barcelone, Real Madrid, Paris-Saint-Germain et Juventus, depuis qu’elle a recruté Ronaldo. Jusqu’ici payante et favorisée par des compétitions élitistes comme l’attribution du Ballon d’or, pareille recette a connu ses limites cette année avec les surprenantes éliminations du Barça et de l’Ajax par des formations obligées de faire appel à des seconds couteaux pour pallier l’absence de leurs vedettes.

Il faut revoir le match héroïque livré par ces « coiffeurs », surtout en seconde mi-temps, pour mesurer l’impuissance dans laquelle ont été plongés les Messi, Suarez et Piqué, coté Barcelone, et, côté Ajax, Hakim Ziyech, Frenkie De Jong, Donny Van de Beek et Matthijs De Ligt. Signe de cet étonnant constat, c’est de la fébrilité de ce jeune capitaine plein de talent et de précocité qu’est venu le but du KO marqué par Lucas Moura.

Au final, on peut se demander si le fighting-spirit « collectif », réalisable avec des sans grade prêts à se défoncer sur terrain, n’est pas en train de damer le pion au football bâti autour d’une ou de plusieurs individualités. La question mérite réflexion, au vu des certitudes fortement ébranlées à l’issue des demi-finales de la Ligue européenne des champions. 

Tout en savourant leur triomphe né d’avoir déjoué tous les pronostics, Jurgen Klopp et Mauricio Pochettino ont ouvert un chantier qu’ils doivent être les premiers à labéliser pour faire du football ce jeu d’équipe qu’il devrait toujours être : une confrontation où le collectif prime sur le vedettariat. 

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