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Le Botswana se prononce sur la décriminalisation de l’homosexualité

La Haute cour du Botswana doit se prononcer mardi sur la décriminalisation de l’homosexualité, une décision très attendue sur l’ensemble du continent africain alors que le Kenya a récemment décidé de maintenir ses lois contre l’homosexualité.

Le code pénal du Botswana, en vigueur depuis 1965, interdit les relations entre personnes du même sexe dans ce pays considéré comme l’un des Etats africains les plus démocratiques.

Une personne anonyme, identifiée seulement par ses initiales LM pour des raisons de sécurité, conteste devant la justice ce code, qui prévoit des peines pouvant aller jusqu’à sept ans de prison.

L’homosexualité reste illégale dans plus de la moitié des pays africains.

Le mois dernier, la Haute cour du Kenya avait refusé d’abroger les lois réprimant les relations homosexuelles, douchant les espoirs de la communauté continentale LGBTQ (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenre, queers).

« Après la défaite amère le mois dernier (…) tous les regards sont tournés vers le Botswana », a déclaré à l’AFP Neela Ghoshal, de l’organisation Human Rights Watch (HRW).

« Une décision positive donnerait de l’espoir au mouvement de défense des droits LGBTQ en Afrique, assiégé mais résilient », a-t-elle ajouté, « cela démontrerait que le Botswana prend au sérieux ses engagements en matière d’égalité et de lutte contre la discrimination. »

Pour Matlhogonolo Samsam, responsable communication de l’organisation de lesbiennes, gays et bisexuels du Botswana (Legabibo), la décriminalisation est une question de « liberté d’expression, de droit à la vie privée et de droit à une égale protection par la loi ».

« Les lois (antihomosexualité), même si elles ne sont pas souvent appliquées, entretiennent une stigmatisation et de la discrimination », a-t-elle expliqué à l’AFP.

– Appel à la tolérance –

Dans les hôpitaux publics, « on reçoit des commentaires négatifs », a témoigné Thato Game Tsie, militant de l’organisation Legabibo. « Nous voulons être libres », a-t-il dit à l’AFP.


La législation antigay « limite les interactions que je peux avoir avec des personnes qui s’identifient de la même manière que moi, car je crains d’être emprisonné », avait déclaré en mars « LM », le requérant à la Haute cour du Botswana.

« Nous ne cherchons pas que les gens soient d’accord avec l’homosexualité, mais (nous cherchons) qu’ils soient tolérants », avait-il expliqué dans une déclaration lue par ses avocats à l’audience le 14 mars.

Le représentant de l’Etat avait, lui, estimé que la population du Botswana n’était pas prête à un changement d’attitude vis-à-vis de l’homosexualité, disant argumenter au nom de la « moralité publique ».

Le Botswana, qui compte une population d’à peine deux millions d’habitants, est pourtant devenu progressivement plus tolérant à l’égard de l’homosexualité ces dernières années.

En 2016, un tribunal avait tranché en faveur des militants de Legabibo, qui dénonçaient le refus du ministère de l’Intérieur d’enregistrer leur association.

L’an dernier, le président Mokgweetsi Masisi avait regretté que dans son pays « beaucoup de personnes entretenant des relations avec des personnes du même sexe (…) aient été agressées et aient souffert en silence ».

« Tout comme les autres citoyens, elles méritent que leurs droits soient protégés », avait-il estimé.

Actuellement, 28 des 49 pays d’Afrique subsaharienne criminalisent les relations homosexuelles. La peine de mort est prévue par la charia en Mauritanie, au Soudan et dans le nord du Nigeria, mais aucune exécution n’y a été récemment relevée.

L’Angola, le Mozambique et les Seychelles ont abrogé des lois antigays ces dernières années. Quant à l’Afrique du Sud, pays voisin du Botswana, sa Constitution très libérale adoptée en 1996 interdit toute discrimination fondée sur l’orientation sexuelle.



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