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Le bras de fer se poursuit autour du Sea-Watch bloqué face à Lampedusa

Le navire humanitaire Sea-Watch, bloqué jeudi en face de Lampedusa après avoir forcé l’entrée dans les eaux territoriales italiennes, a tenté de gagner le port pour débarquer 42 migrants secourus il y a 15 jours mais a été stoppé par la police, selon laquelle une solution est peut-être en vue.

« Nous avons attendu une nuit, nous ne pouvons pas attendre plus. On ne peut pas jouer avec le désespoir de personnes dans le besoin », a écrit Sea-Watch jeudi matin.

En début d’après-midi, le navire a rallumé ses moteurs et mis le cap sur le port vers 14H00 (12H00 GMT), avant de s’arrêter à nouveau, à un mille nautique du port, sur ordre de la police.

L’ONG a diffusé une vidéo où l’on voit des policiers italiens montés à bord demander à la capitaine, la jeune Carola Rackete, de « patienter, parce que la situation est probablement en train de se débloquer ». Une délégation de parlementaires italiens de gauche sont également montés sur la navire pour exprimer leur solidarité.

Le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini (extrême droite), s’oppose fermement à tout débarquement, à moins que les migrants ne soient immédiatement transférés aux Pays-Bas, pays dont le navire bat pavillon, ou en Allemagne, pays de l’ONG Sea-Watch.

A Bruxelles, le commissaire européen chargé des migrations, Dimitris Avramopoulos, a affirmé que plusieurs pays européens étaient prêts à participer à une telle répartition mais seulement « une fois les personnes débarquées ».

Mais M. Avramopoulos a aussi appelé les secouristes à respecter les consignes des autorités de coordination.

Les 42 migrants du Sea-Watch ont été secourus dans la zone de responsabilité de la Libye, qui a proposé de les débarquer à Tripoli. L’ONG s’y est refusé, appuyée en cela par l’ONU, estimant que leur sécurité n’était pas garantie dans le chaos libyen.

Parallèlement, M. Salvini exige l’arrestation de l’équipage du Sea-Watch et la saisie du navire, comme il l’avait fait, en vain, lors de précédents épisodes où des navires humanitaires, en particulier le Sea-Watch, avaient débarqué en Italie des migrants secourus au large de la Libye.

Depuis, il a fait adopter par le gouvernement un « décret-loi sécurité bis » qui lui a permis d’interdire expressément au Sea-Watch de pénétrer dans les eaux italiennes.

– Cagnotte sur internet –


Un ordre auquel la capitaine Carola Rackete, 31 ans, a sciemment désobéi. « Je suis prête à aller en prison pour cela », a-t-elle déclaré mercredi, affirmant s’en tenir au droit maritime.

« J’espère que dans les prochaines heures, il y aura un juge pour affirmer qu’il y a des hors-la-loi à bord de ce bateau, à commencer par la capitaine », a insisté M. Salvini jeudi à la radio.

La jeune femme et les responsables de Sea-Watch risquent des poursuites pour aide à l’immigration clandestine et, en vertu du nouveau décret-loi, une amende de 50.000 euros ainsi que la saisie du navire.

Mercredi, le site internet de Sea-Watch a sauté devant « un afflux inédit de dons ». Et une cagnotte lancée alors sur Facebook par un militant italien pour payer les frais de justice de l’ONG a récolté plus de 165.000 euros en 24 heures.

Et pendant que les 42 migrants patientaient sur le Sea-Watch, les arrivées se sont poursuivies: 34 migrants ont été interceptés mercredi soir par une vedette de la police italienne et conduits en Sicile. Dix autres sont arrivés jeudi à l’aube dans le port de Lampedusa à bord d’une petite barque vraisemblablement partie de Tunisie.

Au total, près de 500 migrants ont débarqué en Italie ces deux dernières semaines, selon les statistiques du ministère de l’Intérieur.

Un peu plus au nord, la marine maltaise a annoncé avoir secouru jeudi un groupe de 64 migrants sur une embarcation en détresse.

Dans le même temps, le navire Open Arms, de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms, faisait route jeudi vers la zone de secours au large de la Libye.

Bloqué cet hiver à Barcelone par les autorités espagnoles, le navire avait été autorisé en avril à reprendre la mer pour porter du matériel en Grèce, à condition de ne pas se rendre au large de la Libye sous peine de 200.000 à 900.000 euros d’amende.

Après une escale à Naples cette semaine, il a finalement mis le cap sur cette zone mercredi soir. « Notre mandat est de secourir les gens, nous allons là-bas pour témoigner et faire notre possible pour qu’aucun vie ne soit perdue », a expliqué une porte-parole à l’AFP.



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