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Le cardinal Pell condamné à six ans de prison pour pédophilie

Le cardinal australien George Pell, ancien numéro trois du Vatican tombé en disgrâce, a été condamné mercredi à six ans de prison pour agressions sexuelles contre deux enfants de choeur, des crimes « éhontés » aux yeux du juge.

Plus haut représentant de l’Eglise catholique jamais reconnu coupable de viol sur mineur, George Pell, 77 ans, devra passer au minimum trois ans et huit mois derrière les barreaux.

Le cardinal, qui clame son innocence et a fait appel de sa condamnation, été reconnu coupable en décembre de pénétration sexuelle et de quatre chefs d’attentat à la pudeur contre les deux adolescents alors âgés de 13 ans. Mais ce verdict n’avait pu être annoncé que fin février pour des raisons juridiques.

Le juge Peter Kidd a expliqué avoir tenu compte des « crimes odieux » commis par le prélat pour rendre sa sentence, mais aussi de son âge avancé, et du fait qu’il avait « par ailleurs mené une vie irréprochable ». « Vous pourriez ne pas vivre assez longtemps pour sortir de prison », a-t-il relevé.

Le cardinal Pell, vêtu d’une chemise noire, sans son habituel col romain, est resté impassible, les mains croisées sur les genoux, alors que le juge décrivait avec force détails difficiles à entendre les agressions « incroyablement arrogantes » commises contre les garçons.

Il risquait jusqu’à 50 ans de réclusion criminelle.

« C’est difficile de trouver du réconfort » dans ce jugement, a déclaré une victime par la voix de son avocate Vivian Waller. « Je suis reconnaissant que le tribunal ait reconnu ce qui m’a été infligé quand j’étais enfant mais je ne connais pas le repos » du fait de la procédure d’appel.

En décembre 1996, le prélat avait imposé une fellation à une victime et s’était masturbé en se frottant contre l’autre, alors que les deux garçons s’étaient cachés dans la sacristie de la cathédrale de Melbourne pour y boire du vin de messe.

Deux mois plus tard, il avait poussé l’un des adolescents contre un mur et lui avait empoigné les parties génitales.

– Pas le procès de l’Eglise –


« Il existe un degré de dégradation et d’humiliation supplémentaires en ce que chacune des victimes savait que l’autre était témoin des abus », a déclaré le juge.

Ces actes ont eu des répercussions « profondes » et « durables » sur une victime encore en vie aujourd’hui et probablement sur l’autre, décédée par la suite d’une surdose d’héroïne.

Partout dans le monde, l’Eglise catholique a été minée par une vague de scandales de pédophilie. Mais le juge de Melbourne a souligné que c’était le procès du cardinal, pas celui de l’institution.

« Vous ne devez pas servir de bouc émissaire », a-t-il ajouté. « Je ne suis pas là pour juger l’Eglise catholique ».

Le cardinal « a droit à une justice équitable et constante », a martelé le magistrat, regrettant la « mentalité de meute » d’une partie de l’opinion publique.

George Pell n’a pas témoigné à son procès. Dans un interrogatoire de filmé en 2016 alors qu’il était à Rome, il avait qualifié ces accusations de « mensonges insensés », « de tas d’inepties absolues ».

Le condamné saura début juin s’il aura droit à un procès en appel.

Le verdict de culpabilité avait été prononcé fin 2018, mais en raison d’une obligation de secret édictée par la justice australienne, les médias s’étaient vu imposer un silence total sur l’affaire. Ce n’est que fin février que « l’ordonnance de suppression » en vigueur depuis juin 2018 avait été levée, quand avaient été abandonnées d’autres poursuites contre le prélat sur des faits présumés dans une piscine de Ballarat (sud de l’Australie), dans les années 1970.

Dans cette dernière procédure, une victime présumée a porté plainte au civil contre le prélat, mais aussi contre les autorités de l’Etat de Victoria, les services de la protection de l’enfance et la congrégation des Soeurs de Nazareth qui s’occupait du foyer pour garçons où il vivait à l’époque.

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