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Le « clown » Zelensky affole la course à la présidence en Ukraine

Dans une série télévisée, Volodymyr Zelensky a déjà été élu président d’Ukraine. Désormais candidat bien réel à la présidentielle de son pays, cet acteur populaire –et entrepreneur prospère– affole la campagne en s’envolant dans les sondages.

Le scrutin s’annonçait comme un duel entre deux vétérans de la politique ukrainienne, le président sortant Petro Porochenko et l’ex-Première ministre Ioulia Timochenko.

A moins de deux mois du premier tour, le 31 mars, ces deux poids lourds sont devancés dans les enquêtes d’opinion par M. Zelensky, 41 ans, connu pour ses rôles dans des émissions humoristiques et des films grand public, désormais crédité de plus de 20% des intentions de vote.

Plus de deux ans après l’accession à la Maison blanche de Donald Trump, qui fut un homme d’affaires et animateur de télé-réalité, l’émergence de ce nouveau visage en Ukraine, bâti à coups de vidéos sur internet et sur la défiance envers des élites incapables de mettre fin à la corruption, alarme la classe dirigeante du pays.

Ses détracteurs pointent le flou de son programme et une expérience politique limitée à incarner dans la série « Serviteur du peuple » un professeur d’histoire élu président, alors que l’Ukraine est en proie à un conflit meurtrier avec des séparatistes prorusses et à l’économie fragile.

Annonçant la couleur d’une campagne spectacle, son annonce de candidature a été diffusée la nuit du Nouvel an par une chaîne privée à la place des voeux du président Porochenko, suscitant des reproches de manque de respect envers l’Etat.

« Quand j’ai annoncé que je briguais la présidence, on m’a qualifié de clown. Je suis clown et j’en suis très fier », lance cet homme svelte et énergique dans une vidéo sur Facebook.

– « Désireux d’apprendre » –

M. Zelensky s’adresse à ses partisans surtout via son blog vidéo et a déterminé son programme par un vote sur les réseaux sociaux.

Ses affiches publicitaires ne mentionnent pas son nom, évoquant sa série télévisée dont une nouvelle saison doit sortir en mars: « Président serviteur du peuple. Bientôt ».

Pour ses partisans, ce style le démarque des vieilles élites jugées rongées par la corruption, toujours présente cinq ans après avoir constitué l’un des principaux facteurs à l’origine du soulèvement du Maïdan de 2014.

Nombreux sont ceux qui s’interrogent sur la capacité de M. Zelensky à diriger un pays confronté à d’immenses défis.

Partisans comme ses principaux adversaires d’une orientation pro-occidentale, M. Zelensky promet dans son programme de « lutter pour la paix en Ukraine », assurer une « victoire contre la corruption », rendre ses concitoyens « prospères » et exercer leur volonté exprimée « via des référendums » réguliers, mais donne peu de détails sur la méthode.


Il a cependant multiplié les consultations, avec des spécialistes de l’économie, du système judiciaire, des diplomates, sans toujours convaincre des personnes peu habituées à un tel style dans les rouages du pouvoir.

« Il était trop général, pas d’idées concrètes. C’était effrayant si on pense qu’il s’agit d’un candidat à la présidence », a déclaré à l’AFP une source diplomatique occidentale à Kiev.

En rencontrant des leaders d’opinion ukrainiens, l’acteur a aussi éludé la plupart des questions concrètes.

« Il manque de connaissances, mais est très désireux d’apprendre », nuance auprès de l’AFP le député Serguiï Lechtchenko, qui était présent.

– Activités controversées –

Originaire de la ville industrielle de Kryvy Rig (centre de l’Ukraine), M. Zelensky, père de deux enfants, est diplôme du droit mais c’est sur scène qu’il a fait carrière.

Directeur artistique du studio « Kvartal 95 », il est, selon des médias, cofondateur d’un conglomérat d’entreprises spécialisées dans le divertissement, connu en Ukraine ainsi qu’en Russie pour des shows et séries télévisées.

Une émission d’investigation à la télévision a accusé en janvier M. Zelensky de mener des activités commerciales en Russie, sujet délicat en Ukraine dont les relations avec Moscou sont exécrables.

L’acteur a fini par confirmer détenir des parts dans une société chypriote propriétaire d’un groupe russe, promettant de les vendre.

M. Zelensky a été accusé d’être une « marionnette » du sulfureux oligarque ukrainien Igor Kolomoïski, à couteaux tirés avec la présidence et dont la chaîne télévisée 1+1 couvre de manière largement positive la campagne du comédien. Volodymir Zelensky rejette ces affirmations.

Malgré son ascension dans les sondages, bien des experts peinent à croire en sa victoire, relevant qu’une partie de ses partisans, essentiellement des jeunes, ne viendront pas voter.

L’artiste pourrait alors tenter une nouvelle chance aux législatives d’octobre et s’installer pour de bon dans la vie politique ukrainienne.



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