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Le Danemark installe sa plus jeune Première ministre face à l’urgence climatique

La sociale-démocrate Mette Frederiksen devait être nommée mercredi Première ministre du Danemark, la plus jeune de son histoire, après un accord à gauche qui met le paquet sur l’écologie et la dépense sociale, et assouplit à la marge la politique migratoire du pays scandinave.

A 41 ans, Mme Frederiksen est parvenue à défaire le libéral Lars Løkke Rasmussen, aux affaires entre 2009 et 2011 et depuis 2015 avec le soutien du Parti populaire danois (DF).

Cette formation eurosceptique et anti-immigration, qui façonne depuis le début des années 2000 la politique d’accueil des étrangers restrictive du Danemark, s’est effondrée aux législatives du 5 juin, privant le gouvernement de centre-droit de sa principale béquille au Parlement.

L’immigration a minima faisant désormais consensus – sauf à l’extrême gauche – et les Danois étant majoritairement pro-UE, le Parti populaire danois n’apparaît plus comme une force de proposition utile, d’autant qu’il est complètement passé à côté de la question climatique.

La lutte contre le réchauffement était pour la première fois pendant la campagne en tête des préoccupations des électeurs, et les partis écolos ont enregistré une forte poussée. Autre priorité des Danois, la défense du système de santé d’un pays prospère et proche du plein-emploi, mais qui a réduit la dépense sociale et médicale alors que s’accélère le vieillissement démographique.

En présentant l’accord programmatique conclu mardi soir après trois semaines de négociations avec trois partis de gauche, Mme Frederiksen s’est engagée à faire de l’écologie et de la protection sociale l’alpha et l’oméga de sa politique gouvernementale au cours des quatre prochaines années.

« C’est un document politique qui (…) définit réellement des ambitions vertes. Nous allons élaborer un plan climat, une loi contraignante sur le climat et réduire les émissions de gaz à effet de serre de 70% » en 2030, a expliqué la dirigeante, plusieurs fois ministre lors du dernier gouvernement social-démocrate (2011-2015).

Avec 25,9% des suffrages, son parti a reculé mais est resté la première formation du pays et l’ensemble du « bloc rouge » a une majorité absolue de 91 sièges sur les 179 que compte le Folketing, le Parlement danois.

Concernant le volet social, le gouvernement minoritaire de Mette Frederiksen entend augmenter les effectifs des enseignants, relever les minimas sociaux, aider les familles et accélérer l’intégration des étrangers.

Une « liste de courses » onéreuse, a tancé le chef du gouvernement sortant sur Twitter. « Ils ont oublié de dire comment ils comptaient payer la facture », a raillé Lars Løkke Rasmussen.

« Chaque couronne de dépense sera financée », a rétorqué Mme Frederiksen.


– Un accueil « humain » –

Enfin sur l’immigration, les quatre partis signataires de l’accord de gouvernement ne devraient pas changer foncièrement les conditions d’accueil mais assouplir à la marge, au nom d’un accueil « humain ».

Concrètement, Mme Frederiksen, qui avait présenté l’an dernier un projet de réforme prévoyant de renvoyer les migrants « non occidentaux » dans des camps africains sous supervision de l’ONU, a annoncé que le Danemark allait de nouveau accueillir des réfugiés à l’aide d’un système de quotas.

Le Danemark a rétabli ses contrôles aux frontières en 2015 et suspendu en 2016 sa participation au programme de quotas de réinstallation des réfugiés des Nations unies.

L’accord de gauche prévoit également l’abandon du projet de placer sur une île inhabitée les migrants « indésirables », des déboutés de l’asile qui ont un casier judiciaire, en attente d’expulsion, et ceux qui ne peuvent être renvoyés vers leur pays.

Pour Kasper Hansen, professeur de sciences politiques a l’Université de Copenhague, « l’accès au Danemark pour les migrants ne va pas changer. Il n’y aura pas de modification législative » sur cette question.

Son collègue Rune Stubager de l’Université d’Aarhus estime tout de même que la « focale se déplace un petit peu du rapatriement (des déboutés) à l’intégration ». « C’est peut-être juste une question de vocabulaire », prévient-il.

Le quotidien Berlingske s’inquiète lui d’un « changement de paradigme (…) qui risque d’augmenter le risque que le Danemark redevienne attrayant pour les demandeurs d’asile ».

Mette Frederiksen devait être reçue par la reine Margrethe à 14h00 pour officaliser sa nomination, comme le veut la Constitution de la petite monarchie parlementaire, avant la présentation de son gouvernement, probablement jeudi.



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