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Le dimanche, à Goma, c’est le jour des messes

« Bon dimanche à vous, alors vous n’avez pas été voter? ». Les nombreux fidèles rient. Le prêtre de la paroisse Saint-Esprit de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, vient de débuter son commentaire de l’évangile de Luc par une claire allusion au report des élections prévues ce dimanche.

Il s’agit de la quatrième messe du jour, en français. La première a eu lieu en swahili, dès six heures du matin. Comme tous les dimanches.

En ce jour particulier qui devait être celui des élections tant attendues par les Congolais, mais finalement reportées au 30 décembre par la Commission électorale (CENI), le prêtre rappelle d’emblée que « le message prophétique est d’annoncer et de dénoncer ».

Devant une assistance très attentive, élégamment vêtue de ses habits du dimanche, le prêtre, tout en se référant à Saint Luc, prévient « ceux qui ont oublié Dieu ».

« Faites attention, vous allez mal terminer. Tôt ou tard, le profit malhonnête, frauduleux va vous tuer ».

– « Rome est tombée » –

Sans jamais nommer le pouvoir, ni le président Joseph Kabila, en place depuis 17 ans alors que les élections auraient déjà dû se tenir en 2016 puis en 2017, le prêtre déclare que « toute chose a une fin, ceux qui détenaient le pouvoir à Babylone sont tombés. Rome est tombée ».

Ces reports successifs depuis 2016 ont entrainé en RDC de graves violences, les manifestations des opposants ont été réprimées dans le sang, à plusieurs reprises.

Pour autant, dans ce vaste et paradoxal pays d’Afrique centrale qui compte d’immenses richesses minières et l’une des populations les plus miséreuses au monde, la société civile, les opposants et l’Église ne cessent de se mobiliser.


« Dieu soutient le peuple, ll faut avoir le courage de continuer, celui qui se bat pour une cause juste, même la nature l’aide ».

Et le prêtre de poursuivre: « même les abeilles, les serpents, le vent, le feu vous aide dans votre mission de transformer la société ».

Au même moment, des messes avaient lieu dans toutes les églises de la capitale du Nord-Kivu, comme dans le reste du pays. Dans la cathédrale Saint-Joseph dans le quartier des Virunga, reconstruite après le déchainement en 2002 du volcan Nyiragongo, dont la lave en fusion avait inéluctablement envahi la ville jusqu’à se jeter dans le lac Kivu, comme dans de simples églises protestantes.

Alexandre, conducteur de l’une des nombreuses motos-taxis, a l’intention « d’arrêter son boulot à 13H30 pour aller à l’office de 14H », tandis que Dieumerci a assisté à celui de six heures du matin, avant de prendre son service dans un hôtel-restaurant.

Dans la paroisse Saint Esprit, pleine à craquer, le prêtre a ensuite longtemps parlé du mystère de la virginité de Marie, « avant et après » la naissance de Jésus, faisant rire l’assistance en avouant son ignorance: « Je ne sais pas si l’esprit saint était un homme, ou bien une femme! ».

Puis, il est revenu à un message plus politique, dénonçant les « mascarades » et ajoutant que « Rien n’est impossible à Dieu ».

Il a ensuite répété l’une de ses premières phrases: « Toute chose a une fin ». Les fidèles, tout en retenue, ont applaudi puis se sont levés pour la suite de la messe.

jpc/bmb/jlb

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