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Le face-à-face entre l’Iran et les Etats-Unis devrait encore s’intensifier

L’incident au cours duquel un drone américain a été abattu par l’Iran marque une nouvelle escalade des tensions et fait craindre un conflit ouvert au Moyen-Orient. Et, en dépit des appels réguliers à des discussions lancés par Donald Trump, rares sont les raisons d’espérer un apaisement rapide.

Les deux pays se rejettent la responsabilité de cet accrochage, les Etats-Unis affirmant que l’appareil évoluait au-dessus des eaux internationales et Téhéran qu’il avait violé le ciel iranien.

Ce nouvel accès de fièvre apparaît comme une nouvelle conséquence de la politique de « pression maximale » conduite par le président américain depuis son arrivée au pouvoir. Donald Trump veut conduire l’Iran à réduire ses ambitions nucléaires et aussi à limiter son influence régionale.

Pour Benham Ben Taleblu, expert à la Fondation pour la défense des démocraties qui plaide pour la fermeté contre Téhéran, de tels incidents pourraient encore se produire si un signal clair n’était pas adressé à la République islamique.

« Le calcul de l’Iran, c’est probablement que les Etats-Unis ne répondront pas par autre chose que des sanctions –une analyse qui peut être vraie aujourd’hui mais qui pourrait changer avec le temps si l’escalade iranienne prenait une ampleur considérable », estime-t-il.

– Faibles espoirs de discussion –

Lorsqu’il est question de discussions entre les Etats-Unis et l’Iran, l’exemple de la Corée du Nord vient immédiatement à l’esprit. Avant d’engager le dialogue avec Kim Jong Un, Donald Trump avait promis de rayer son pays de la carte.

Mais, jusqu’ici, l’Iran a rejeté les ouvertures du président américain. Téhéran refuse de négocier avec Washington qui lui a imposé un régime de sanctions extrêmement dures –destinées à le précipiter dans la récession– après s’être retiré d’un accord de limitation des ambitions nucléaires iraniennes patiemment négocié avec l’ex-président Barack Obama et plusieurs autres grandes puissances.

Ali Vaez, directeur du projet Iran à l’International Crisis Group (ICG) qui prône une issue négociée aux tensions, pense que Téhéran n’acceptera pas de discuter sous la pression des sanctions. Pas tant que Donald Trump tient « son pistolet sur la tempe iranienne ».

L’expert met en garde contre une « réaction disproportionnée » à l’épisode du drone qui « pourrait provoquer un conflit devenant facilement hors de contrôle ». Il estime que le pire peut être évité, pourquoi pas avec l’établissement d’une ligne téléphonique spéciale entre les deux armées.

Aux Etats-Unis, le président républicain est sévèrement critiqué par ses adversaires démocrates qui estiment que les actes de l’Iran étaient largement prévisibles et trouvent leur origine dans la sortie de l’accord nucléaire signé en 2015.


« Nous disons à l’Iran: +nous avons négocié, vous avez accepté l’accord, mais nous avons brisé l’accord et maintenant nous voulons de nouveau négocier+ », a relevé le sénateur démocrate Jeff Merkley.

Un autre sénateur démocrate, Tim Kaine, estime que l’envoi annoncé la semaine dernière de 1.000 soldats supplémentaires a aussi pu être vécu comme une provocation par les Iraniens. Ces renforts ont été décidés après plusieurs sabotages de pétroliers dans le Golfe, dont la responsabilité a été attribuée à l’Iran par les Etats-Unis.

– Des durs dans les deux camps –

A la fin de l’administration Obama, l’Iran avait connu une embellie économique et son gouvernement, mené par des modérés, avait eu des contacts directs avec les Etats-Unis après quatre décennies d’hostilités commencées avec le renversement du shah d’Iran lors de la révolution islamique.

Mais les sanctions très dures appliquées par l’administration Trump font très mal à l’économie iranienne.

Colin Kahl, un ancien conseiller d’Obama désormais chercheur à l’université de Stanford, a publié récemment un scénario décrivant un engrenage pouvant mener à une guerre entre les deux pays.

Il notait jeudi que l’appareil abattu était un drone, donc sans personne à bord, et que l’une des lignes rouges tracées par les Américains –à savoir des attaques contre des ressortissants américains– n’avait pas été franchie.

Mais l’ancien conseiller d’Obama remarquait aussi sur Twitter que le ministère de la Défense, pôle de modération dans l’administration Trump était fragilisé depuis mardi par le départ soudain de son chef, Patrick Shanahan.

Le Pentagone est, depuis le début du mandat du président américain, réputé faire contre-poids à l’influence de « faucons » comme le secrétaire d’Etat Mike Pompeo ou le conseiller à la sécurité nationale John Bolton.



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