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Le premier débat présidentiel montre un Brésil divisé, Lula grand absent

Le premier débat télévisé de l’élection présidentielle d’octobre au Brésil se tenait jeudi soir, sans Lula, grand favori des sondages, en prison depuis avril et dont la candidature a de grandes chances d’être invalidée, montrant un pays profondément divisé.

L’absence au débat de l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), qui purge une peine de 12 ans et un mois de réclusion pour corruption et blanchiment d’argent, est un des nombreux paradoxes de ce scrutin très polarisé, le plus incertain de l’histoire récente du pays.

Au total, 13 candidats ont été désignés officiellement par leurs partis lors des conventions qui ont eu lieu jusqu’à la fin de semaine dernière. Mais seuls huit d’entre eux participaient au débat télévisé de jeudi, à Sao Paulo, dont les quatre poids-lourds, hormis Lula: Jair Bolsonaro (extrême-droite), deuxième dans les enquêtes d’opinion, Geraldo Alckmin (centre droit), Marina Silva (écologiste) et Ciro Gomes (gauche).

Quatre des 13 prétendants ont été exclus car trop peu représentatifs.

M. Alckmin, qui cherche apparaître comme tout en maîtrise et pro-marchés, a souligné le besoin de réformes permettant à l’économie de « croître fortement ».

Mais Mme Silva a semblé marquer un point en répondant à l’adresse de l' »establishment », dont le PSDB d’Alckmin et de l’ex-président Fernando Henrique Cardoso (1995-2002): « ceux qui ont créé les problèmes ne vont pas les résoudre ».

M. Bolsonaro, ancien capitaine de l’armée et nostalgique de la dictature militaire, est apparu moins à l’aise en direct à la télévision que devant ses foules de supporters.

Interrogé sur sa réponse aux viols et aux violences faites aux femmes, en hausse au Brésil, il a répété sa proposition controversée de « castration chimique volontaire » des criminels.

« Je pense que cela permettrait de prévenir ce problème », a-t-il déclaré.

Guilherme Boulos, de la formation de gauche Parti Socialisme et Liberté (Psol), a vivement interpellé le candidat d’extrême-droite: « le Brésil sait que vous êtes raciste, macho et homophobe », avant de l’accuser de corruption.

– 45% des Brésiliens « pessimistes » –

Lula, est resté le grand absent. Il voulait participer par visioconférence, mais une juge a rejeté sa demande. Pas de chaise vide non sur le plateau pour matérialiser son absence, comme le demandait sa formation, le Parti des Travailleurs (PT), fondé par Lula au début des années 1980.


Cette décision de la juge « viole les droits du peuple brésilien (…) Cela s’appelle de la censure », a écrit l’ancien chef de l’Etat dans une lettre à la chaîne publiée sur les réseaux sociaux.

En conséquence, le PT a annoncé la tenue d’un débat parallèle avec Fernando Haddad, diffusé via les réseaux sociaux à la même heure que l’émission officielle.

M. Haddad y était accompagné de la présidente du PT Gleisi Hoffmann et de la dirigeante du Parti communiste du Brésil (PCdoB) Manuela D’Avila pour discuter devant quelque 7.000 personnes de « sujets d’intérêt public, comme la sécurité, la santé ou l’emploi ».

L’audience de ce premier débat télévisé présidentiel, qui a commencé assez tard (vers 22h00 heures locales, soit 01H00 GMT) sur Bandeirantes, chaîne à l’audience bien moindre que le géant TV Globo, devait permettre de mesurer si les enjeux du scrutin parviennent à réveiller l’enthousiasme des électeurs.

Exaspérés par les scandales de corruption à répétition, de nombreux Brésiliens sont lassés de la politique: selon deux sondages récents, 33% à 41% sont indécis ou penseraient à s’abstenir.

Et une autre enquête d’opinion montre que 45% des Brésiliens se disent « pessimistes ou très pessimistes » quant aux élections.

Pour le professeur de Relations internationales Matias Spektor, de la Fondation Getulio Vargas, « contrairement à d’autres pays, nous n’avons pas vu surgir de nouveaux leaders qui pourraient surfer sur cette vague de mécontentement populaire ».

« Le système politique brésilien continue de susciter beaucoup de frustration », ajoute-t-il.

Une loi brésilienne intitulée « Ficha limpa » (casier vierge, en portugais) stipule que toute personne condamnée en appel, ce qui est le cas de Lula, devient de fait inéligible.

Mais le PT a l’intention de présenter tous les recours possibles pour tenter de renverser la vapeur. S’il n’y parvient pas, Fernando Haddad sera probablement intronisé à sa place.

Le 15 août, l’inscription de la candidature de Lula au Tribunal Supérieur Électoral (TSE) de Brasilia sera précédée d’une manifestation pour réclamer sa remise en liberté.


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