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Le Saoudien Jamal Khashoggi, journaliste et intellectuel au parcours sinueux

Le journaliste Jamal Khashoggi, tué le 2 octobre 2018 par des agents saoudiens au consulat de son pays à Istanbul, était passé du statut d’initié de la famille royale saoudienne à celui de franc détracteur du puissant prince héritier Mohammed ben Salmane.

Cinq Saoudiens poursuivis pour le meurtre ont été condamnés à mort par un tribunal de Ryad qui a disculpé deux des principaux suspects, un conseiller royal et un chef du renseignement, a annoncé lundi le procureur général d’Arabie saoudite.

Après avoir donné plusieurs versions du meurtre, les autorités de Ryad avaient fini d’admettre qu’il avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls et sans ordre de hauts dirigeants.

Jamal Khashoggi, 59 ans au moment des faits, a eu une carrière riche en rebondissements qui l’a fait évoluer en 35 ans entre l’islam politique des Frères musulmans, les médias saoudiens, les cercles dirigeants à Ryad et les grands titres de la presse internationale, dont le Washington Post.

Il s’était exilé aux Etats-Unis lors d’une vague d’arrestations en septembre 2017 dans le royaume et n’avait cessé depuis de dénoncer les « excès » du prince Mohammed surnommé MBS.

A l’époque, il avait annoncé avoir été interdit de s’exprimer dans le quotidien Al-Hayat du prince saoudien Khaled ben Sultan al-Saoud, pour avoir défendu la confrérie des Frères musulmans classée « terroriste » par Ryad.

Le 6 mars 2018, il écrivait dans le Guardian: « Pour son programme de réformes intérieures, le prince héritier mérite des éloges. Mais ce jeune et impétueux innovateur n’a ni encouragé ni permis le moindre débat en Arabie saoudite ».

– journaliste engagé –

Grand, portant des lunettes et une barbe grisonnante, Jamal Khashoggi est né le 13 octobre 1958 à Médine, dans l’ouest de l’Arabie saoudite.

En 1982, il a obtenu un diplôme en gestion à l’Université d’Etat d’Indiana, aux Etats-Unis.

Il a commencé sa carrière dans des quotidiens saoudiens, dont le Saudi Gazette et Asharq al-Awsat, couvrant notamment le conflit en Afghanistan.

A l’époque, une photographie de lui portant un fusil d’assaut et des vêtements afghans avait circulé. Il n’avait pas combattu avec les moudjahidine contre les Soviétiques, mais avait épousé leur cause financée par la CIA et les services secrets saoudiens.

Il avait interviewé Oussama ben Laden en Afghanistan et au Soudan mais avait pris dans les années 1990 ses distances avec le chef d’Al-Qaïda qui avait basculé dans la violence anti-Occident.


Il avait ensuite occupé des postes de responsabilité. Jugé trop progressiste, il avait été contraint de démissionner en 2003 du poste de rédacteur-en-chef du quotidien saoudien Al-Watan.

Il y était revenu en 2007 puis reparti en 2010 après un éditorial jugé offensant pour les salafistes, courant rigoriste de l’islam.

– Conseiller du pouvoir –

Neveu du célèbre marchand d’armes Adnan Khashoggi, Jamal est issu d’une grande famille saoudienne.

Il a longtemps entretenu des rapports ambigus avec le pouvoir saoudien, en tant que conseiller à Ryad et à Washington, notamment auprès d’un ambassadeur, le prince Turki al-Fayçal, qui a aussi dirigé les services de renseignement.

Le prince milliardaire Al-Walid ben Talal lui avait confié la direction d’Al-Arab, une chaîne panarabe d’information. Mais ce projet, qui devait être lancé en 2015 depuis Bahreïn, n’a jamais vu le jour après une interdiction des autorités de Manama, proches de Ryad.

Le prince Al-Walid ben Talal a été détenu entre novembre 2017 et janvier 2018 à l’hôtel Ritz-Carlton de Ryad avec des dizaines de personnalités accusées de « corruption » par le prince héritier.

Dès septembre 2017, dans le Washington Post, Jamal Khashoggi écrivait: « Quand je parle de peur, d’intimidation, d’arrestations et d’humiliations publiques d’intellectuels et de dirigeants religieux et que je vous dis que je suis d’Arabie saoudite, êtes-vous surpris? »

Il avait aussi critiqué l’implication saoudienne dans la guerre au Yémen et l’embargo imposé au Qatar, accusé par Ryad de soutenir les Frères musulmans et d’entretenir des liens avec l’Iran.

Dans sa dernière tribune au Washington Post, il avait loué Doha par rapport à ses voisins qui cherchent à « maintenir le contrôle de l’information afin d’appuyer +l’ancien ordre arabe+ ».

Le 2 octobre, Jamal Khashoggi était entré au consulat saoudien à Istanbul pour des démarches administratives en vue de son mariage avec une Turque, Hatice Cengiz et il y a été assassiné par des agents saoudiens, selon les responsables turcs. Ses restes n’ont jamais été retrouvés.

Selon son épouse, il voulait être un journaliste influent et « la voix de ses collègues qui ne peuvent plus s’exprimer ».


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