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Les génocides, au Rwanda et ailleurs

Les massacres au Rwanda, qui ont fait quelque 800.000 morts selon l’ONU entre avril et juin 1994, essentiellement parmi la minorité tutsi, sont reconnus par la justice comme un génocide, une notion entrée dans le droit international après la Shoah.

– Le génocide rwandais –

Le 6 avril 1994, l’avion du président hutu Juvénal Habyarimana, de retour de négociations de paix avec la rébellion du Front patriotique rwandais (FPR, à majorité tutsi), est abattu par un missile.

Le lendemain, la Première ministre hutu modérée, Agathe Uwilingiyimana, dix Casques bleus belges chargés de sa protection et plusieurs ministres de l’opposition sont tués.

Commencent des massacres à grande échelle. Des listes de personnes à tuer sont établies par les autorités extrémistes hutu, à tous les niveaux de l’administration. Les milices hutu Interahamwe et les Forces armées rwandaises (FAR) massacrent méthodiquement à coups de machettes les Tutsi et opposants hutu au parti d’Habyarimana.

La population, encouragée par les autorités et des médias, dont la Radio-télévision des mille collines, prend largement part aux massacres, viols et pillages.

La communauté internationale reste paralysée et, le 21 avril, l’ONU décide, pour des raisons de sécurité, de réduire ses effectifs sur place, de 2.500 à 270 hommes.

Fin juin, la France déploie, avec le feu vert de l’ONU, une opération militaro-humanitaire, « Turquoise ». Le FPR l’accusera de protéger les génocidaires, ce que Paris nie.

Le 4 juillet, le FPR mené par le Tutsi Paul Kagame s’empare de Kigali. Des centaines de milliers de Hutu fuient vers le Zaïre (actuelle RDC).

Le 8 novembre, l’ONU crée un Tribunal pénal international pour le Rwanda à Arusha (Tanzanie). Quatre ans plus tard, le TPIR prononce ses premières peines de réclusion à perpétuité, qui constituent la première reconnaissance du génocide contre la minorité tutsi rwandaise par la justice internationale.

– Le génocide, une notion juridique –


Le mot génocide a été employé pour la première fois dans un cadre juridique lors de la mise en accusation des responsables nazis dans le procès de Nuremberg en 1945.

L’extermination des Juifs mise en œuvre par les nazis en Europe en 1939-45 a fait six millions de morts, plus d’un tiers de la population juive de l’époque. Tous les pays occupés ou alliés au IIIe Reich ont fait déporter leurs Juifs dans les camps d’extermination, à l’exception du Danemark et de la Bulgarie. Des tziganes et des homosexuels ont aussi été déportés.

En droit international, le génocide est reconnu depuis 1948 par la convention des Nations unies, qui énumère une série de crimes le constituant, dont le meurtre, à condition d’être commis « avec l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ».

– De la Namibie au Soudan –

Le massacre à partir de 1904 de dizaines de milliers de Herero et de Nama par les colons allemands en Namibie est considéré par des historiens comme le premier génocide du XXe siècle.

L’Arménie qualifie de génocide les massacres de centaines de milliers d’Arméniens par les troupes de l’empire ottoman pendant la Première guerre mondiale, ce que récuse la Turquie. Le caractère génocidaire de ces événements a été reconnu par les parlements d’une vingtaine de pays, le Parlement européen et le Vatican.

Au Cambodge, les deux derniers hauts dirigeants en vie du régime khmer rouge ont été condamnés en novembre 2018 pour génocide par un tribunal parrainé par l’ONU. Sous les Khmers rouges (avril 1975-janvier 1979), quelque deux millions de Cambodgiens – environ un quart de la population – sont morts d’épuisement, famine, maladie ou à la suite de tortures et d’exécutions.

Dans l’est de la Bosnie, le massacre de Srebrenica, lors duquel près de 8.000 garçons et hommes musulmans ont été assassinés en 1995 par les Serbes de Bosnie, a été reconnu en 2007 comme génocide par la Cour internationale de justice (CIJ). L’ex-chef politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic a été condamné le 20 mars à la prison à vie.

Au Soudan, le président Omar el-Béchir est visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour génocide au Darfour, où un conflit a fait plus de 300.000 morts depuis 2003.



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