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Les militaires au Soudan accusés de retarder le transfert du pouvoir

Les leaders de la contestation au Soudan ont accusé mercredi les généraux de chercher à retarder la transition du pouvoir en soulevant la question de la charia, un développement qui risque d’envenimer les rapports entre les principaux acteurs de la crise.

La réaction des personnalités, dont des laïcs venant notamment du Parti communiste, a suivi les réserves du Conseil militaire au pouvoir à leur vision de la période de transition.

Ce Conseil militaire de transition a pris le pouvoir après la destitution et l’arrestation le 11 avril par l’armée du président Omar el-Béchir sous la pression de la rue.

Les chefs de la contestation tirent leurs forces des milliers de manifestants qui campent depuis le 6 avril devant le QG de l’armée à Khartoum et réclament désormais un transfert du pouvoir à une autorité civile.

« La réponse du Conseil militaire va dans le sens d’une prolongation des négociations et non vers une transition » rapide, a souligné dans un communiqué l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui représente les manifestants.

La veille, les généraux ont déclaré qu’ils étaient d’accord avec la plupart des propositions de l’ALC sur la période de transition, mais qu’ils avaient « beaucoup de réserves » sur d’autres.

Ils ont soulevé notamment la question de la charia (loi islamique) en estimant qu’elle devait rester la source de la législation et en reprochant à l’ALC de ne pays l’avoir mentionnée dans leurs propositions.

Dans sa réaction, l’ALC a estimé que les généraux avaient soulevé « des questions non pertinentes, y compris celles de la langue officielle du pays et des sources de la législation dans une répétition ennuyeuse des surenchères de l’ancien régime ».

– Autres divergences –

Le régime du président déchu appliquait la charia, ce qui avait donné lieu, selon les défenseurs des droits humains, à des abus comme la flagellation de femmes pour « comportement indécent ».

« Nous appelons le Conseil militaire à conclure un accord pour transférer le pouvoir aux forces révolutionnaires », ont ajouté les dirigeants de la contestation.

Des responsables anonymes de l’ALC cités par le quotidien Sudan Tribune ont estimé dans des réactions à chaud à la déclaration des militaires que la nature du régime pendant la période de transition et au delà ne pouvait être définie dans l’immédiat.


Des experts estiment quant à eux que la question devrait être soumise à référendum après une réflexion nationale.

Outre la charia, le porte-parole du Conseil militaire, le général Chamseddine Kabbachi a exprimé d’autres réserves aux propositions de l’ALC.

Selon lui, le Conseil est d’avis que la déclaration de l’état d’urgence devait revenir à un « conseil souverain » et non au gouvernement comme le proposent les leaders des manifestants. La composition d’un « conseil souverain » n’a pas encore fait l’objet de discussions entre les militaires et l’ALC.

Les deux parties divergent sur sa composition. L’ALC exige qu’il soit dominé et dirigé par des civils, et les généraux insistent pour y garder la main haute.

– Résidence surveillée –

Autre point de désaccord, les civils veulent une période de transition de quatre ans alors que les militaires considèrent qu’elle peut être de deux ans seulement, selon le général Kabbachi.

Mardi, l’un des chefs de l’ALC, Mohamed Naji al-Assam, a réitéré l’opposition de l’alliance à toute participation des figures de l’ancien régime à la période de transition.

« Le succès de la révolution repose sur le transfert du pouvoir à une autorité civile à part entière », a-t-il dit.

L’une des figures de ce régime, l’ancien patron du renseignement, Salah Ghosh, a été placé en résidence surveillée, a indiqué le général Kabbachi pour souligner la volonté du Conseil militaire de rompre avec l’ère Béchir.

Déclenché le 19 décembre pour protester contre la décision du gouvernement de tripler le prix du pain dans un pays à l’économie exsangue, le mouvement populaire au Soudan s’est rapidement transformé en contestation inédite contre M. Béchir qui avait pris le pouvoir par un coup d’Etat en 1989.



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