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Les « repats », Centrafricains expatriés rentrés dans leur pays en crise

« Quand j’ai décidé de rentrer, mes compatriotes m’ont pris pour un fou! », se souvient Clément Ndotizo, un Centrafricain qui a vécu dix ans en France avant de rentrer s’installer dans son pays en 1993, participant au phénomène des « repats ».

« Fou », Clément Ndotizo ne l’est assurément pas. Dans son immense villa avec piscine et vue imprenable sur la rivière Oubangui, il retrace son parcours avec fierté, d’abord dans le monde de l’entreprise, puis dans celui de la politique.

Après avoir fondé « Fox Sécurité Privée », une société de sécurité privée, en France, il crée la même société à Bangui. Elle devient vite une des plus importantes du pays avec plus de 1.500 agents revendiqués.

Devenu député en 1996, il siège toujours à l’Assemblée.

Malgré la crise, plusieurs « repats » centrafricains évoquent un horizon économique plus favorable au pays qu’en France, avec moins de concurrence et plus d’opportunités.

Une explication qui peut paraitre paradoxale dans un pays parmi les plus pauvres du monde, où le PIB par habitant atteignait 418 dollars en 2017, en conflit depuis 2013 et où la majorité du territoire est occupée par des groupes armés.

« En France à l’époque, on était une petite entreprise, il y avait la concurrence, j’ai vu que ça ne pouvait pas aller plus loin », se souvient Clement Ndotizo.

Auguste Ogoula est lui aussi revenu, en 2008: « Je suis rentré, en vacances. Jamais je n’ai eu l’intention de revenir faire quoi que ce soit en matière de business ici », se rappelle-t-il.

A l’époque, il vivait en Angleterre où il a exercé pendant une dizaine d’années plusieurs métiers: facteur, vigile, paysagiste…

« C’est quand je suis arrivé que je me suis rendu compte des opportunités », dit-il. Depuis, Auguste a lancé un bar à concerts, une boulangerie-pâtisserie ainsi qu’un service de traiteur.

Et son dernier projet semble être celui auquel il tient le plus: mettre en valeur des terres agricoles, héritées de sa famille à une trentaine de km de Bangui.

Ce grand terrain naguère en friche accueille désormais une ravissante maisonnette entourée de fleurs tropicales, de champs de maïs et de manioc, une porcherie, un poulailler, et un immense bassin de pisciculture. « Le plus grand de la région », assure-t-il.


– Aucun regret –

« Tu te rends vite compte que le fait d’avoir travaillé à l’étranger est un avantage », explique-t-il pour justifier sa réussite.

« Un coup Bangui, un coup la France, ça nous permet d’avoir les deux mentalités et je trouve ça juste magnifique! », abonde Mylène Leborgne, qui gère l’un des plus gros restaurants de Bangui, le Carré gourmand.

Arrivée en France à 4 ans, elle a passé toute son enfance entre Bordeaux (sud-ouest) et Amiens (nord). Aujourd’hui, elle vit à cheval entre les deux pays, mais elle a choisi Bangui pour investir.

« Ça reste ma ville natale, où je connais beaucoup de monde et ce n’est pas si facile que ça de se faire un nom à l’extérieur où on ne connait pas grand monde », estime-t-elle.

Et tant pis pour le risque de perdre son investissement, dans une ville qui a connu des mutineries et des putschs violents. « On a toujours peur quand on s’installe en RCA mais je n’ai aucun regret », affirme Mylène.

« Il est normal que je rentre dans mon pays, guerre ou pas guerre », explique de son coté le chanteur « Faya Dread ».

Musicien de reggae, il est né en France, habitait Montpellier (sud) mais a décidé de rentrer en Centrafrique il y a quelques mois pour lancer un studio de musique et des projets artistiques.

« J’essaye d’apporter ma pierre à l’édifice dans mon pays, musicalement », raconte-t-il entre deux accords de guitare.

De quoi ravir Auguste Ogoula, qui s’attriste de « la fuite des cerveaux » africains vers l’Europe: « Parfois, les circonstances obligent les gens à partir, mais je connais beaucoup de gens qui étaient talentueux ici et qui se sont perdus dans la masse en Europe où il y a plus de concurrence qu’en Afrique ».

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