International › APA

Les sourdes rivalités des responsables locaux de «Benno Bokk Yaakar»

La campagne présidentielle au Sénégal, commencée depuis une semaine, se poursuit généralement dans le calme, même si de sourdes rivalités traversent les responsables locaux de la coalition « Benno Bokk Yaakaar » (BBY, unis par le même espoir) du candidat sortant qui tentent tant bien que mal de masquer leurs mésententes sur fond de «guerre de positionnement », le temps du passage du cortège de Macky Sall dans leurs fiefs.Du nord au sud en passant par le centre du pays, plusieurs leaders politiques locaux de la coalition BBY, bâtie autour du parti présidentiel Alliance pour la République (APR), ne manquent pas d’insister sur leur « unité ». Elle est loin d’être réelle pour ceux qui suivent les meetings que préside Macky Sall depuis le début de la campagne à l’intérieur du pays.

Ainsi, orateurs, porteurs de pancartes où s’étalent des doléances, responsables locaux et autres laudateurs se bousculent souvent au micro des tribunes officielles dans le seul but de se faire remarquer par le président sortant.

Souvent, le méli-mélo est tel que le président sortant est obligé de donner de la voix pour demander à ses inconditionnels de baisser les pancartes pour permettre aux caméras de filmer la grande foule venue assister au meeting.

Pour ne froisser personne, lui-même se lance toujours dans une partie « remerciements » où papier en main il cite tous les les noms des leaders locaux.

Une « fierté » d’être cité par Macky Sall

« C’est une sorte de fierté pour le responsable. Tu te lèves, tu lèves les mains, c’est important pour eux. Tu vois toute la peine qu’il prend pour écrire le nom des responsables et les citer nommément. Comme il l’a dit récemment à Matam, il faut préférer la multiplication et l’addition au détriment de la soustraction », explique Babacar Dione, chef du desk politique du quotidien national Le Soleil.

Toutefois, on est loin du parfait amour entre leaders politiques du camp présidentiel.

Pour Mamadou Lamine Camara, journaliste au quotidien privé VoxPopuli qui suit le convoi du candidat Macky Sall, le « problème de fond » résulte de la non structuration de l’APR. Chacun, analyse le confrère, « essaie de se proclamer » leader majoritaire chez lui, même si à l’arrivée du président ils essaient de masquer leurs « divisions ».

Lundi dernier par exemple à Richard Toll (nord), le maire a été hué durant sa prise parole de même qu’à chaque fois qu’on son nom était prononcé par une partie de la foule, qui visiblement partisane d’un autre camarade de parti, ovationnait ou scandait ce dernier.

« Dans toutes les localités, on voit souvent qu’il y a une dizaine d’orateurs, toutes les sensibilités. Tous ces orateurs-là, la majeure partie sont membres de l’Alliance pour la République. Ce qui fait qu’on fait tout pour permettre à tout le monde de s’exprimer. Ça ne veut pas dire que les leaders ont retrouvé l’unité, mais compte tenu de l’enjeu ils sont obligés d’être ensemble », fait remarquer Babacar Dione.

Un seul enjeu


A Louga (centre-est), malgré les tendances, souligne Mamadou Lamine Camara, le maire Moustapha Diop a tenu à rappeler ce fait, notamment l’enjeu du moment qui constitue la réélection du président sortant, par ailleurs président de l’APR, fondé en 2009, et de la grande coalition BBY, formée au second tour de la présidentielle de 2012 qui a consacré son élection à la tête du Sénégal.

Toutefois, « le fait aussi de ne pas structurer le parti (APR) permet au chef de l’Etat d’avoir des leviers. C’est-à-dire que tous les responsables sont obligés de travailler. Chacun est obligé de travailler pour montrer ce qu’il peut, c’est une sorte d’émulation », objecte Babacar Dione.

« De 2012 à 2017, il y a eu au moins trois élections. Toutes ces élections représentaient un enjeu. Donc démarrer la structuration du parti sans pour autant avoir toutes les garanties d’une unité, je pense que c’était risqué pour le parti présidentiel », a ajouté M. Dione, notant en revanche que « c’est évident aujourd’hui si l’APR perdait les élections, il sera difficile de recoller les morceaux ».

Sur la demande récurrente de Macky Sall aux militants de baisser leurs pancartes, les avis des deux confrères sont divergents. Là où M. Camara y voit une façon de montrer la division des leaders, Babacar Dione voit, lui, un évitement d’un « problème technique » pour permettre aux caméras de bien prendre les nombreuses personnes… cela en dépit du fait toutefois que « chacun essaie de se positionner pour montrer au président que je mobilise le plus ».

Une même stratégie 

« J’ai couvert la campagne d’Abdoulaye Wade en 2007, mais la première des choses à faire quand il allait quelque part c’était de demander aux gens de baisser les pancartes. On voit aussi que Macky Sall adopte la même stratégie », a confié le journaliste du Soleil.

Ainsi l’effet des télévisions est bien réel, d’après le confrère, dans le contexte actuel.

« Tu vois rarement Macky Sall prononcer le nom de ses adversaires. L’ancien président (Wade) fait des déclarations pour le critiquer, il n’a pas répondu. Aujourd’hui, il insiste sur son bilan et la mobilisation. C’est une façon de dire que mon interlocuteur ce sont ces populations qui sont avec moi, qui m’ont réservé un accueil chaleureux dans toutes les localités où je me rends », a-t-il soutenu.

La présidentielle de 2019 au Sénégal, dont le premier tour est prévu le 24 février prochain, met en lice cinq candidats : Macky Sall, le sortant, Madické Niang, Issa Sall, Idrissa Seck et Ousmane Sonko.

 



0 COMMENTAIRES

Pour poster votre commentaire, merci de remplir le formulaire

À LA UNE
Retour en haut