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Les trottinettes électriques s’engouffrent dans le chaos de la circulation latino-américaine

En Amérique latine, les trottinettes électriques représentaient la promesse d’une mobilité fluide et plus écologique dans des mégalopoles congestionnées et polluées. Mais pour beaucoup, elles n’ont fait qu’ajouter au chaos ambiant dans des villes où règne déjà le chacun pour soi.

Depuis un an environ, les « monopatines », comme on les appelle en Amérique latine, ont fleuri par milliers dans des villes comme Bogota, Lima, Sao Paulo et Mexico.

Pour moins d’un demi-euro, plus environ 10 centimes par minute d’utilisation, n’importe quel habitant équipé d’un smartphone et d’une carte bancaire peut en louer une et se faufiler dans les rues ou sur les trottoirs à une vitesse pouvant atteindre 40 km/h.

Mais comme en Europe et aux Etats-Unis, l’arrivée de ces nouveaux modes de déplacement a suscité la controverse dans des villes immenses où l’anarchie est la règle en matière de transports.

Les habitants n’ont pas tardé à exprimer leur colère face à des usagers qui slaloment indifféremment sur les routes et les trottoirs, empruntent les voies cyclables ou abandonnent leurs trottinettes n’importe où, au risque de bloquer des portes d’immeubles ou des rampes d’accès pour handicapés.

« Une partie du problème dans cette ville, c’est que personne ne respecte rien », constate Oscar Barrio, 44 ans, un habitant de Mexico, qui s’empresse d’ajouter que lui-même s’efforce de respecter les règles de sécurité.

Mais difficile d’en dire autant de tous les usagers. Une recherche sur internet sous le mot-clé « accidents de trottinettes » renvoie à de nombreuses vidéos.

En mars, un utilisateur qui roulait à contresens à Mexico a été projeté à plusieurs mètres par une voiture qui tournait dans une perpendiculaire. Le mois précédent, un homme de 28 ans est mort dans un accident similaire.

A Lima, une sexagénaire a eu les deux bras cassés en avril après avoir été renversée par une trottinette circulant sur un trottoir. A Sao Paulo, les autorités ont enregistré 125 accidents entre janvier et mai.

– « Véhicule de combat neutralisé » –

Face à des responsables politiques dépassés, des habitants ont commencé à réagir.


A Mexico, certains, excédés, ont détérioré les codes permettant aux utilisateurs de déverrouiller les appareils. D’autres les ont immobilisés avec du ruban adhésif sur lequel était écrit « véhicule de combat neutralisé ».

Les sociétés du secteur ont pourtant rapidement perçu leur potentiel d’expansion dans les mégalopoles latino-américaines, où se déplacer au quotidien relève du cauchemar, en raison notamment de la faiblesse des transports en commun.

Bogota (10 millions d’habitants), Mexico (20 millions), Sao Paulo (12 millions) sont dans le top cinq des villes ayant le trafic le plus dense au monde, selon la société spécialisée Inrix. Parallèlement, une classe moyenne croissante a de plus en plus accès aux smartphones et aux cartes bancaires.

La société mexicaine Grin emploie près de 70 personnes sur le continent et vient de s’associer à l’entreprise brésilienne Yellow pour étendre son réseau. L’Américaine Lime lance en juillet son service à Sao Paulo, Rio de Janeiro, Buenos Aires et Lima.

Face à leurs détracteurs qui les accusent d’exacerber le chaos urbain, ces entreprises ont tendance à utiliser la même stratégie de défense : blâmer les voitures. Un argument défendu par certains experts.

« Ce qui cause la plupart des accidents, c’est l’insécurité de l’environnement routier, les excès de vitesse (des voitures), le manque de réglementation des véhicules à moteur, l’absence d’infrastructures sûres », estime Ivan de la Lanza, du World Resources Institute, un groupe de réflexion qui aide les villes à améliorer la mobilité durable.

Une règlementation voit néanmoins le jour progressivement.

Lima et Mexico ont ainsi interdit la circulation sur les trottoirs. Bogota exige que les utilisateurs portent un casque de protection, tandis que le Brésil impose des vitesses limitées en zones piétonnes (6 km/h) et sur les pistes cyclables (20 km/h). Mexico limite également le nombre de trottinettes que chaque entreprise peut proposer.

« Les trottinettes sont une bonne chose car elles encouragent le transport électrique (…) Le mieux est donc de les réglementer », souligne Fernanda Rivera, responsable de la sécurité routière dans la capitale mexicaine.

Mais même les plus fanatiques admettent qu’il y a encore beaucoup à faire. « Il faudrait de meilleurs comportements », estime Joaquin Ramos, qui gagne de l’argent de poche en récupérant et rechargeant les trottinettes. « Certains utilisateurs laissent leur trottinette tout simplement au milieu de la rue ».



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