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Lesotho: un assassinat au sommet de l’Etat qui « traumatise » le pays

Assassinat au sommet de l’Etat, divorce houleux, inculpation de l’épouse du Premier ministre, appel à la démission du chef de gouvernement: tous les éléments dignes d’un thriller politique haletant sont réunis. Il s’agit pourtant de la réalité au Lesotho, petit royaume africain à l’histoire politique instable.

Les montagnes majestueuses et les pistes de ski du Lesotho valent à ce pays de 2,2 millions d’habitants enclavé dans l’Afrique du Sud le surnom de Suisse africaine. La comparaison avec l’Helvétie s’arrête là.

Le Lesotho est le théâtre d’une intrigue impliquant l’actuelle épouse du Premier ministre âgé aujourd’hui de 80 ans, un drame qui fascine tout autant qu’il scandalise la population du pays fatigué par les remous politiques.

Maesaiah Thabane, mariée au chef de l’Etat Thomas Thabane, est accusée du meurtre de sa rivale, la précédente épouse de son mari.

Le 14 juin 2017, Lipolelo Thabane, âgée de 58 ans, est assassinée alors qu’elle rentre chez elle en voiture dans la capitale Maseru. Un crime qui intervient deux jours seulement avant la prestation de serment de Thomas Thabane au poste de Premier ministre. Le couple est alors en instance de divorce.

Deux mois plus tard, le tout nouveau chef de l’Etat épouse Maesaiah, aujourd’hui âgée de 43 ans.

Pendant deux ans, l’enquête policière piétine quand, coup de théâtre en janvier 2020, la police convoque la Première dame.

Elle est introuvable et un mandat d’arrêt est lancé. A la suite d’un accord entre son avocat et la police, Maesaiah Thabane se présente finalement aux autorités la semaine dernière et est inculpée du meurtre de Lipolelo Thabane.

Elle a été libérée après une nuit au commissariat, en échange d’une caution de 1.000 loti (61 euros ou 67 dollars), provoquant l’incompréhension de la population.

– « Comme un roman » –

La victoire du parti de Thomas Thabane aux législatives de 2017, la Convention de tous les Basothos (ABC), avait suscité un espoir de stabilité dans un pays à l’histoire politique chaotique, marquée par des coups d’Etat militaires.

Avec le meurtre de Lipolelo Thabane, la population a pourtant très vite déchanté.

En janvier, le Premier ministre a lui-même été interrogé. Le chef de la police a fait état d’un appel téléphonique suspicieux localisé sur le lieu du crime et passé depuis le téléphone portable de Thomas Thabane.

« Notre pays n’est jamais tombé si bas, avec le deuxième personnage de l’Etat lié au crime », estime Nqosa Mahao, numéro 2 du parti ABC en proie à des divisions. « L’image du pays en prend un coup. En tant que nation, nous sommes traumatisés. »


« C’est comme un roman, sauf que c’est vrai », ajoute-t-il à l’AFP, jugeant « toxique » le climat politique dans le pays.

La faction de son parti a exigé la démission du Premier ministre, qui a accepté, invoquant son âge avancé. Thomas Thabane n’a cependant pas encore donné de date pour son départ.

– Honte nationale –

Au cours de la dernière décennie, aucun Premier ministre n’a fini son mandat de cinq ans au Lesotho.

« On était déjà le chenapan de la région avant cette crise (…). Qui aurait imaginé que le crime » atteindrait le bureau du Premier ministre ?, poursuit Nqosa Mahao.

Le principal parti d’opposition, le Congrès démocratique, acquiesce. « L’état de droit dans ce pays s’est effondré », juge son dirigeant Mathibeli Mokhothu.

Cette affaire « nous fait honte, il est notre Premier ministre, il est le visage du pays ».

« Nous sommes mécontents et l’instabilité atteint un niveau jamais constaté auparavant », ajoute Mathibeli Mokhothu, réclamant aussi la démission de Thomas Thabane.

Les partis membres de la coalition gouvernementale ne disent rien d’autre.

« Dans d’autres démocraties, de telles allégations conduiraient automatiquement le dirigeant à démissionner », estime Machesetsa Mofomobe, numéro deux du Parti national des Basothos. « Il est temps qu’il parte ».

Le parti ABC doit encore s’entendre sur le nom d’un successeur pour succéder à Thomas Thabane.

Dans les rues, la population est fatiguée par ce scandale. « Nous ne savons pas ce qui se passe dans notre pays », s’indigne une fonctionnaire de 38 ans, Dineo, qui préfère taire son nom de famille. « On élit des gens et ils ne cessent de nous décevoir. C’est la goutte qui fait déborder le vase. (…) Je ne voterai plus ».


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