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L’ex-patriarche maronite, figure de la lutte contre l’hégémonie syrienne au Liban

L’ancien patriarche maronite Nasrallah Boutros Sfeir, figure-clé de l’histoire contemporaine du Liban, décédé dimanche à l’âge de 98 ans, a été un des artisans de la fin de l’hégémonie syrienne sur son pays.

Mgr Sfeir avait été élu en 1986 chef de la communauté chrétienne la plus importante du Liban, alors déchiré par une guerre civile meurtrière (1975-1990) opposant communautés religieuses et milices.

« Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient », il avait été nommé cardinal de l’Eglise catholique en 1994 par le pape Jean-Paul II. Il avait présenté sa démission au Vatican en 2011 à l’âge de 90 ans.

A sa démission, le 76e patriarche maronite avait été remplacé par Béchara Boutros Rahi. Dans un communiqué diffusé par l’agence de presse officielle ANI, ce dernier a qualifié l’ancien patriarche d' »icône » de sa fonction et de « pilier de la nation ». « L’Eglise maronite et le Liban sont en deuil », a-t-il ajouté.

Né en 1920 à Rayfoun, un village de la région du Kesrouan, dans le nord-est de Beyrouth, Mgr Sfeir a étudié la théologie et la philosophie. Polyglotte, il parlait couramment l’arabe et le français, ainsi que l’anglais.

L’ancien patriarche allait fêter ses 99 ans le 15 mai. Connu pour son amour des randonnées dans la nature, il a continué d’exercer cette activité jusqu’à un âge avancé, arpentant chaque année les sentiers sinueux de la « vallée sainte », fief historique des maronites dans le nord du Liban.

– « Son plus grand combat » –

Durant la guerre civile, Mgr Sfeir a d’abord oeuvré pour un arrêt des hostilités, appuyant les « accords de Taëf » qui ont mis fin au conflit.

Il avait ensuite fait de la souveraineté du pays son principal cheval de bataille, prenant ouvertement position contre la mainmise de Damas, qui maintenait plusieurs milliers de soldats au Liban depuis 1976.

C’est notamment à son appel en 2000 que le mouvement opposé à la tutelle syrienne a commencé à prendre de l’ampleur, jusqu’au retrait des troupes de Damas en 2005, dans la foulée de l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri.


« Son plus grand combat a été de mettre fin à la présence syrienne au Liban, ce que nous pensions tous être quelque chose d’impossible », indique à l’AFP son biographe Antoine Saad.

« Mais il y a travaillé de manière méthodique, objective, avec calme et méticulosité », ajoute-t-il.

Durant ses années à la tête de l’Eglise maronite, Mgr Sfeir avait refusé de visiter la Syrie.

– « Perte irréparable » –

La communauté maronite compte toujours plusieurs centaines de milliers de fidèles, même si elle a été affaiblie par l’exode massif de ses membres durant la guerre civile.

Plusieurs postes clés au sein de l’Etat libanais lui sont réservés par la constitution, dont notamment la présidence de la République.

Après le retrait des troupes syriennes, l’ancien chef de l’Eglise maronite a également critiqué le Hezbollah, puissant mouvement chiite appuyé par Téhéran, le qualifiant en 2010 d' »anomalie » dans le paysage politique en raison de son refus de rendre ses armes.

Défenseur du dialogue inter-religieux, Mgr Sfeir avait scellé la « réconciliation » en 2001 avec le chef de la communauté druze, Walid Joumblatt, mettant fin ainsi à des années d’hostilités entre les deux groupes religieux.

« Il agissait selon ses convictions, avec courage et sans crainte », assure son biographe. Sa mort « est une perte irréparable. »



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