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Liban: Hezbollah, bête noire d’Israël et poids lourd régional

Le puissant mouvement chiite libanais du Hezbollah, accusé mardi par Israël d’avoir creusé des tunnels souterrains en territoire israélien, a vu son influence politique et militaire croître considérablement sur le plan local et régional depuis sa création, il y a trois décennies.

Mardi, Israël a annoncé avoir lancé une opération « Bouclier du nord » visant à détruire les tunnels présumés creusés par le mouvement pro-iranien, dernier épisode en date de leur confrontation.

– « Résistance » à Israël –

Le « Parti de Dieu » a été créé en 1982 à l’initiative des Gardiens de la Révolution d’Iran, dans la foulée de l’invasion israélienne du Liban.

Il s’implante dans le sud du pays, où il lance une insurrection contre l’armée israélienne, contraignant l’Etat hébreu à évacuer la zone en 2000 après 22 ans d’occupation.

Au sortir de la guerre du Liban (1975-1990), il devient la seule faction libanaise à maintenir ses armes, prétextant de son rôle de « résistance » armée face à Israël. Il continue de refuser de céder son arsenal militaire depuis le retrait israélien il y a 18 ans.

En 2006, après l’enlèvement de deux soldats israéliens à la frontière entre les deux pays, Israël lance une vaste offensive dévastatrice. Cette guerre de 33 jours cause la mort de 1.200 Libanais -notamment des civils- et 160 Israéliens, majoritairement des militaires.

Une force onusienne de maintien de la paix (Finul) est stationnée depuis 1978 à la frontière avec Israël, qu’elle surveille depuis 2006 en coordination avec l’armée libanaise. Le Hezbollah réitère toutefois régulièrement sa disposition à affronter Israël en cas de nouvelle « agression ».

– Expansion régionale –

Le Hezbollah est devenu au fil du temps un acteur incontournable au Moyen-Orient, suscitant la colère de l’Arabie saoudite sunnite, engagée dans une course au leadership régional avec l’Iran.

En 2013, deux ans après le déclenchement du conflit syrien, le mouvement reconnaît officiellement son implication militaire au côté du régime de Bachar al-Assad. Entre 5.000 et 8.000 membres du Hezbollah sont présents en Syrie, selon des experts.

Malgré la fin des combats dans plusieurs régions syriennes, son chef, Hassan Nasrallah, a récemment affirmé que ses combattants resteraient en Syrie jusqu’à nouvel ordre.

Au Yémen, il est accusé de soutenir les rebelles Houthis, cible d’une offensive d’une coalition emmenée par Ryad.

La milice nie son implication dans ce conflit mais reconnait en revanche avoir formé les puissantes milices chiites du Hachd al-Chaabi en Irak, où des responsables militaires du Hezbollah sont déployés sur le terrain.


En septembre, le Hezbollah a affirmé avoir acquis avec succès des missiles de précision, attisant les craintes israéliennes d’un transfert de l’influence militaire iranienne de la Syrie au Liban.

– Poids lourd au Liban –

Au Liban, où ses armes continuent de diviser la classe politique, le Hezbollah s’est rapidement imposé comme une des forces politiques incontournables, siégeant pour la première fois en 2005 au gouvernement.

Sa popularité et son influence croissante au sein de la communauté chiite (30% de la population) est soutenue par un vaste réseau d’écoles, d’hôpitaux et d’associations servant ses partisans.

En 2016, c’est un allié du Hezbollah qui accède à la présidence, le général chrétien Michel Aoun. Pour des experts, aucune décision politique majeure ne peut être prise au Liban sans l’accord du mouvement chiite.

En mai 2018, le parti et ses alliés sont sortis politiquement renforcés des premières législatives organisées au Liban depuis près d’une décennie.

Alors que le pays est toujours sans gouvernement depuis plus de six mois, le blocage est imputé par certains observateurs à la volonté du Hezbollah de faire plier le Premier ministre désigné, Saad Hariri, soutenu par Ryad.

– Organisation « terroriste » –

Les Etats-Unis ont placé en 1997 le Hezbollah sur leur liste d’organisation « terroriste » et lui impose, ainsi qu’à ses cadres, des sanctions économiques et bancaires.

Depuis 2013, l’Union européenne considère aussi la branche armée du mouvement comme une organisation « terroriste ».

En 2017, plusieurs pays arabes, notamment ceux du Golfe, ont qualifié le parti de « terroriste ».

L’administration de Donad Trump a renforcé ses sanctions à l’encontre de la formation chiite, ciblant le mois dernier le fils de Hassan Nasrallah, Jawad, parmi d’autres partisans et proches visés par ces nouvelles mesures punitives.

Le parti est accusé d’implication dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais, Rafic Hariri, plusieurs membres du parti faisant l’objet d’un mandat d’arrêt du Tribunal spécial pour le Liban (TSL).

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