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Libye: Haftar, le maréchal controversé au coeur de la crise

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Le maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de la Cyrénaïque (est libyen) qui boude la conférence internationale de Palerme (Sicile) sur la Libye, est considéré comme un acteur-clé mais à la politique controversée dans ce riche pays pétrolier plongé dans le chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Cheveux blancs contrastant avec ses sourcils noirs et sa fine moustache, M. Haftar, 75 ans, se présente comme un « sauveur » de la Libye. Mais ses rivaux l’accusent surtout de fomenter des coups d’Etat et de vouloir instaurer une nouvelle dictature militaire dans ce pays d’Afrique du Nord.

Peu loquace dans les médias, le maréchal ne s’est pas exprimé publiquement sur les raisons du boycott de la conférence de Palerme. Mais dans son entourage, on explique que ce militaire refuse de s’asseoir avec certains des participants à la conférence qu’il considère comme « extrémistes ».

« Haftar a fait le difficile comme il l’a fait plusieurs fois dans le passé (…). C’est une attitude à double tranchant car elle produit un effet sensationnel qui le met en valeur sur le moment, mais les interlocuteurs qu’il humilie ainsi, s’en souviennent toujours », estime Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye à l’université Paris VIII.

Bête noire des islamistes, qu’il considère pêle-mêle comme des « terroristes », M. Haftar a réussi à mettre la main sur la région orientale du pays, après quatre années de combats meurtriers, s’imposant comme interlocuteur incontournable sur la question libyenne.

– « Dignité » –

En 2014, le maréchal lance une opération qu’il avait baptisée « Dignité », contre les groupes jihadistes à Benghazi.

Plusieurs officiers de la région orientale rallient sa force paramilitaire, autoproclamée « Armée nationale libyenne » (ANL) qui réussit à prendre le contrôle de la ville en juillet 2017 après plus de trois ans de combats meurtriers.

Après une hospitalisation de deux semaines à Paris, ayant nourri des spéculations sur son état de santé, le maréchal est accueilli fin avril en grande pompe à Benghazi.

Son absence avait alimenté des rumeurs sur son état de santé qui avaient inondé les réseaux sociaux en Libye, certains médias ayant même annoncé sa mort, ouvrant la voie à des spéculations sur sa succession.

Pour réaffirmer son statut d’homme fort, il annonce une offensive contre Derna, seule ville qui échappait à son contrôle en Cyrnénaïque. Fin juin, il annonce sa « libération » des groupes radicaux qui y faisaient la loi depuis 2011.

Originaire de Cyrénaïque (est), M. Haftar est sorti de l’ombre au début de la révolte contre le régime de Mouammar Kadhafi en 2011 à laquelle il a pris part.


Quatre décennies plus tôt, ce soldat formé dans l’ancienne Union soviétique, avait adhéré au coup d’Etat militaire de 1969 qui avait renversé la monarchie des Senoussi et mené Kadhafi au pouvoir.

Il participe à la guerre libyo-tchadienne (1978-1987) à la tête d’une unité mais est fait prisonnier. Il est alors lâché par Kadhafi, qui affirme que le général ne fait pas partie de son armée.

– Exil –

Les Américains parviennent à le libérer, lors d’une opération qui reste aujourd’hui encore une énigme, et lui accordent l’asile politique aux Etats-Unis, où il rejoint le mouvement de l’opposition libyenne à l’étranger.

Après plus de vingt ans d’exil, M. Haftar retourne en mars 2011 à Benghazi, la grande ville de l’est libyen.

Peu après la chute de Kadhafi, en octobre 2011, environ 150 officiers et sous-officiers le proclament chef d’état-major, une nomination qui n’a toutefois jamais été officialisée.

Selon ses détracteurs, M. Haftar doit ses succès militaires au soutien, non déclaré, de pays étrangers, comme les Emirats arabes unis, l’Egypte ou encore la France.

Paris avait été contraint d’annoncer la mort de trois de ses militaires dans un accident d’hélicoptère en Libye, où ils menaient une mission de renseignement auprès de ses forces.

Cette présence a été jugée comme une « ingérence inacceptable » par le chef du gouvernement d’union nationale (GNA), qui s’est implanté à Tripoli au printemps avec le soutien de l’ONU et des pays occidentaux dont la France.

Mais le GNA, soutenu par des milices de l’ouest du pays, n’est pas reconnu par les autorités de l’est, en particulier le parlement élu en 2014 qui avait donné la légitimé à Haftar et l’a promu maréchal.



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