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L’intronisation de l’empereur du Japon Akihito, le 12 novembre 1990

L’empereur du Japon Akihito, dont le règne s’achève fin avril, a accédé au trône du Chrysanthème le 12 novembre 1990, au cours d’une cérémonie solennelle à laquelle l’héritier de la plus ancienne dynastie au monde avait apporté une touche de modernité.

A l’issue d’une longue période de deuil, à 56 ans, il succédait officiellement à son père Hirohito, décédé en janvier 1989 à l’âge de 87 ans, après 63 ans de règne, le plus long de l’histoire du Japon. Le Japon passait de l’ère Showa à l’ère Heisei (parachèvement de la paix).

Cette intronisation a été la première à se dérouler sous la Constitution pacifiste, adoptée après la capitulation du Japon le 15 août 1945. Aux termes de celle-ci, le « Tenno », considéré jusqu’alors comme un « dieu vivant », n’est plus que « le symbole de la nation et de l’unité du peuple », sans aucun pouvoir politique.

Voici, avec des dépêches de l’AFP de l’époque, un récit du couronnement du 125e empereur du Japon qui a ouvert une nouvelle page de l’histoire d’une maison impériale vieille, selon la légende, de 2.600 ans.

– Mise en scène millimétrée –

La salle du trône, trop exiguë, n’a pu contenir la totalité des 2.500 personnes – dont 70 chefs d’Etat étrangers et une vingtaine de membres d’autres familles royales – conviées à la cérémonie d’intronisation qui se déroule au palais impérial de Tokyo.

Le Takamikura (trône impérial) a été transporté depuis le palais impérial de Kyoto, où tous les couronnements avaient jusqu’alors lieu. Un trône légèrement plus petit est prévu pour l’impératrice.

Le roi Baudouin et la princesse Fabiola de Belgique, le prince Charles d’Angleterre et Lady Di ou le vice-président américain Dan Quayle figurent parmi les invités de marque.

L’assistance patiente depuis près d’une heure quand enfin, à pas lents, les membres de la famille impériale font leur entrée, les uns après les autres, tous vêtus de somptueux costumes traditionnels spécialement confectionnés pour la circonstance.

Dans une mise en scène millimétrée, Akihito arrive en dernier, à la suite de l’impératrice Michiko habillée en « juni hitoe », un kimono formé de multiples robes superposées pesant près d’une dizaine de kilos. L’empereur porte un costume traditionnel de cour de l’époque Heian (VIIIe – XIIe siècle) composé de multiples robes de soie, avec sur la tête une petite toque noire surmontée d’une bande verticale.

Les deux trônes dominent une cour intérieure décorée de deux rangées de bannières sous lesquelles 20 gardes impériaux, 40 porteurs d’objets de cérémonie et 12 joueurs de gongs et de tambours sont alignés.

« Le Japon a renoué avec son passé millénaire lorsque le descendant de la Déesse du Soleil est apparu debout dans un édifice octogonal noir et or, surmonté d’un phoenix, pour proclamer son accession au trône du Chrysanthème », écrit la correspondante de l’AFP Elizabeth Zingg.


– Innovations –

Mais c’est dans un langage compréhensible par le Japonais de la rue – et non en japonais ancien utilisé généralement dans ce genre d’occasion – que le souverain s’exprime.

« Je proclame mon intronisation à ceux qui sont au Japon comme à l’étranger », déclare-t-il.

Désigné prince héritier en 1952, le fils aîné de Hirohito avait déjà bousculé les codes en épousant en 1959 Michiko Shoda, une belle roturière rencontrée dans un club de tennis.

Contrairement à ce qui s’était passé lors de l’intronisation de Hirohito en 1928, le Premier ministre Toshiki Kaifu se tient debout au même niveau que l’Eempereur et non en bas de l’escalier. La journaliste de l’AFP relève que le chef du gouvernement semble « plutôt nerveux » lorsqu’il lance les trois « banzaï » (longue vie à l’Empereur), repris par l’assemblée.

L’opportunité de clamer les « banzaï », cri de guerre de l’Armée impériale pendant la Seconde guerre mondiale, avait « donné lieu à un long débat », soulignait précédemment l’AFP.

Après une pause de deux heures, le couple impérial, cette fois en costume occidental, ressort du Palais impérial sous un soleil radieux pour monter à bord d’une Rolls Royce décapotable. L’Impératrice arbore une robe blanche, un petit diadème posé sur la tête.

« Très souriant, l’empereur a salué la foule qui s’était massée le long des 4,7 km séparant le palais Impérial du palais d’Akasaka » où le couple réside, rapporte l’AFP.

Quelque 100.000 Tokyoïtes se sont déplacés pour voir leur empereur qui « ne veut pas être l’homme inaccessible (…) que fut son père Hirohito », devant lequel les Japonais devaient s’incliner bien bas en baissant les yeux, note l’AFP.

Malgré un dispositif de sécurité sans précédent, une trentaine d’incidents imputés à des groupes d’extrême gauche hostiles au système impérial sont signalés ce jour-là à Tokyo.



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