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Lopez Obrador, l’homme « tenace » qui promet de changer le Mexique

« Je suis têtu, c’est connu », avait-il admis en lançant sa campagne : Andrés Manuel Lopez Obrador, vétéran de gauche qui suscite autant de passions que de haines, promet s’il est élu dimanche président du Mexique de changer son pays rongé par la corruption.

« Avec cette même conviction j’agirai en tant que président de la République, de manière entêtée, idiote, persévérante, avec un aveuglement presque fou: je vais en finir avec la corruption », a-t-il lancé quand son parti Morena l’avait désigné candidat.

Habitué aux phrases polémiques, « AMLO », comme on le surnomme, 64 ans, est en passe de réussir son pari à sa troisième tentative: devenir enfin président de la deuxième économie d’Amérique latine.

« Je crois que c’est un homme dont la principale qualité est la ténacité » souligne à l’AFP, l’écrivain et historien Paco Ignacio Taibo II, un proche du candidat.

« C’est un homme infatigable, qui depuis des années parcourt le pays. Parfois on se demande: où est Andrés? Il est dans un stade au Chiapas, puis il apparaît au Tabasco et trois heures plus tard dans la ville de Mexico » raconte-t-il.

– Un président « austère » –

AMLO cherche à se démarquer de la classe politique traditionnelle qui a dirigé le pays depuis près d’un siècle et qu’il qualifie de « mafia du pouvoir ».

Il assure qu’il vendra l’avion présidentiel et transformera Los Pinos, la résidence des présidents mexicains, en un centre culturel ou encore qu’il gèrera les finances de manière « austère ».

« Je vais toucher la moitié du salaire que touche actuellement le président de la République » assure-t-il.

Il a axé sa campagne sur la lutte anti-corruption, un message qui séduit la population, excédée par les scandales ayant émaillé le mandat du président sortant, Enrique Peña Nieto.

Son projet inclut la « guerre » contre le narcotrafic, la corruption et « le néolibéralisme qui a fait beaucoup de tort au Mexique » détaille M. Taibo.

M. Lopez Obrador appelle son mouvement « la quatrième transformation du Mexique » et se compare aux héros de l’histoire nationale tel que Benito Juarez (1806-1876), figure-clé de la construction de la République mexicaine au 19e siècle.

– Stratégie différente –

Beaucoup de Mexicains critiquent toutefois son absence de propositions concrètes.


« Il n’a jamais été clair » commente Fernando Dworak, analyste politique. « Tout tourne autour de sa personne et de sa capacité personnelle à résoudre les problèmes » poursuit-il.

Qualifié par certains de « populiste » qui pourrait suivre les pas du Vénézuélien Hugo Chavez, les critiques contre AMLO ont rythmé la campagne jusque sous la forme de spots publicitaires questionnant sa santé.

« Maintenant je suis Andrés Manuelovich », ironise-t-il, détendu, dans une vidéo devenue virale tournant en dérision les rumeurs sur une possible ingérence russe en sa faveur.

Plusieurs de ses propositions de « changement radical » ont suscité des inquiétudes dans le pays.

Son programme inclut notamment une amnistie pour certaines personnes impliquées dans le narcotrafic ou encore une réduction de 50% du salaire de certains fonctionnaires.

Plusieurs chefs d’entreprise, dont le milliardaire Carlos Slim, ont également critiqué son projet de suspendre la construction – actuellement en cours – du nouvel aéroport international de Mexico.

En réponse, AMLO avait suggéré au magnat des télécommunications, s’il était intéressé par ce projet, de le construire « avec son argent ».

– « Vaincre ou jeter l’éponge » –

Pour ses détracteurs, l’ardent Lopez Obrador, parfois qualifié de « messie tropical » est aussi un mauvais perdant. En 2006, défait avec une différence de seulement 0,56% par le conservateur Felipe Calderon, il avait contesté les résultats et bloqué avec ses partisans la principale avenue de la capitale pendant des semaines, s’auto-proclamant « président légitime du Mexique ».

Originaire de l’Etat de Tabasco (sud-est), AMLO a démarré sa carrière politique au sein du PRI (droite), le parti de Peña Nieto, avant de l’abandonner pour rejoindre le PRD (gauche).

Il a fait son entrée sur la scène politique nationale en 2000 en devenant le maire de Mexico, avant de tenter de conquérir la présidence en 2006 et en 2012, sans succès.

Plusieurs fois sa mort politique a été annoncée. « Tomber et se relever, puis tomber et se relever, puis tomber et se relever » a-t-il scandé à ses supporteurs, accompagné de son épouse Béatriz et de leurs quatre enfants, lors du dernier meeting de campagne dans l’immense et emblématique stade Aztezca.

Cette fois, il a promis de vaincre ou d’aller « à la chingada », une expression populaire signifiant notamment « jeter l’éponge », qui est aussi le nom de sa maison de Palenque dans le Chiapas.



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