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L’opposition russe manifeste sous la menace d’une « répression massive »

L’opposition russe appelle à manifester samedi à Moscou pour protester contre le rejet des candidatures de ses représentants aux élections locales, malgré l’accentuation de la pression des autorités ces derniers jours qui fait craindre une « répression massive ».

Après un rassemblement ayant réuni 22.000 personnes dimanche dernier, du jamais-vu depuis plusieurs années, la mobilisation se poursuit à l’approche du scrutin du 8 septembre qui s’annonce difficile pour les candidats soutenant le Kremlin. Ces protestations n’ont cessé de prendre de l’ampleur à Moscou et Saint-Pétersbourg, sur fond de grogne sociale traversant tout le pays.

Le rassemblement de samedi, prévu à 11h00 GMT devant la mairie de Moscou, s’annonce mouvementé, d’une part parce qu’il n’a pas été autorisé par les autorités et d’autre par en raison des procédures judiciaires lancées cette semaine contre des leaders du mouvement.

L’opposant au Kremlin Alexeï Navalny a été renvoyé mercredi en prison 30 jours pour des infractions « aux règles des manifestations ». Et plusieurs candidats exclus, dont des alliés de M. Navalny, ont été perquisitionnés en pleine nuit ou convoqués à des interrogatoires.

Ces procédures font suite à l’ouverture d’une enquête pour « entrave au travail de la Commission électorale » de Moscou lors de manifestations mi-juillet. Elles peuvent aboutir à des peines atteignant cinq ans de prison, rappelant les importantes condamnations prononcées lors du mouvement de 2011-2012 contre le retour à la présidence de Vladimir Poutine.

Devant les locaux des enquêteurs qui l’avaient convoqué, l’opposant Dmitri Goudkov, dont la candidature a été rejetée, a affirmé vendredi que l’enjeu dépassait désormais les élections locales: « Il s’agit de savoir si, dans la Russie d’aujourd’hui, il est possible de faire légalement de la politique ».

Redoutant une « répression massive à venir », l’ONG Amnesty International a, elle, critiqué une « tentative ouverte et sans gêne des autorités russes pour intimider l’opposition ».

En amont du rassemblement de samedi, la police de Moscou a publié une mise en garde aux citoyens et, fait inédit, proposé aux journalistes couvrant l’événement de transmettre leurs identités, augurant de nombreuses arrestations.

– « L’option de la force » –


Exceptionnellement élevée après l’annexion de la Crimée, la popularité du président russe Vladimir Poutine a baissé depuis sa réélection pour un quatrième mandat l’année dernière et les scrutins de début septembre s’annoncent difficiles pour le pouvoir.

L’enregistrement d’une soixantaine de candidats aux élections du Parlement de Moscou a été rejeté, officiellement en raison de vices dans la collecte des signatures nécessaires pour se présenter.

Des participants indépendants exclus du scrutin ont dénoncé des irrégularités fabriquées selon eux de toutes pièces et ont accusé le maire loyal au pouvoir, Sergueï Sobianine, de vouloir étouffer l’opposition, qui espérait avoir son mot à dire dans la gestion du budget faramineux de la capitale.

« L’option de la force, visiblement, a été choisie car considérée comme plus efficace », soutient le politologue Andreï Kolesnikov, interrogé par le quotidien Vedomosti. « C’est assez logique, car si on regarde en arrière, depuis 2012, le pouvoir a seulement évolué vers la répression ».

Ces derniers mois, des mobilisations pour la libération d’un journaliste accusé de trafic de drogue ou l’abandon d’un projet d’église contesté à Ekaterinbourg, dans l’Oural, avaient laissé espérer un recul des méthodes répressives.

« Ce sont sans doute des exceptions à la règle. Et la répression va se renforcer », poursuit Andreï Kolesnikov.

Malgré de grands projets de modernisation et l’amélioration de la qualité de vie ces dernières années, la mégapole de 12 millions d’habitants officiels demeure plus favorable à l’opposition que le reste du pays.

« Le projet (…) était de transformer Moscou en capitale européenne moderne afin de contenir le mécontentement public et d’assurer la victoire des partis pro-pouvoir lors de scrutins plus ou moins honnêtes », analyse l’éditorialiste Ioulia Latynina dans le journal Novaïa Gazeta. « Mais cela ne marche plus ».



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