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Malawi: Peter Mutharika, le président anti-corruption pris la main dans le sac

Peter Mutharika, reconduit de justesse lundi à la tête du Malawi à l’âge de 78 ans, s’était présenté comme un rempart à la corruption à son arrivée au pouvoir en 2014, mais son premier mandat a été terni par des scandales.

M. Mutharika s’est retrouvé impliqué dans une affaire de pots-de-vin, soupçonné d’avoir reçu plus de 200.000 dollars d’un homme d’affaires qui avait décroché un contrat de plusieurs millions de dollars auprès de la police.

Le Parti démocratique progressiste (DPP, au pouvoir) affirme que l’argent a depuis été remboursé, mais n’a pas avancé de preuve.

En campagne électorale cette année, Peter Mutharika a balayé toutes les objections. « L’opposition n’a aucune raison de me critiquer. Pas une seule », a-t-il assuré.

Quelques jours avant les élections, des rumeurs ont circulé sur son état de santé. A l’origine de cette effervescence, un communiqué de la présidence annonçant l’annulation de meetings pour « des raisons urgentes ».

Mais deux jours plus tard, Peter Mutharika, droit comme un i, est réapparu en lançant à ses partisans: « est-ce que cela ressemble à un homme mort ? »

Ce professeur de droit dirige depuis 2012 le DPP, dont il a hérité à la suite de la mort de son frère alors président, Bingu wa Mutharika, victime d’une crise cardiaque.

Dans la foulée de ce décès, Peter Mutharika s’est retrouvé au cœur d’une rocambolesque saga.

Il est soupçonné d’avoir tenté de cacher le cadavre de son aîné mort, puis d’avoir intrigué pour empêcher la vice-présidente Joyce Banda d’hériter, conformément à la Constitution, du fauteuil présidentiel.

Un avion avait même été affrété pour faire hospitaliser le président –pourtant déjà mort– en Afrique du Sud.

Le scénario dynastique avait été bien préparé: un Mutharika devait succéder à un autre et devenir le meilleur bouclier contre d’éventuelles poursuites pour corruption visant le sortant. Mais la disparition prématurée de Bingu wa l’a fait capoter.

– Popularité en déclin –

C’est finalement Joyce Banda qui prend les rênes du pays en 2012. Peter Mutharika devra patienter jusqu’en 2014.


Cette année-là, il remporte la présidentielle avec 36% des suffrages, Mme Banda est reléguée à la troisième place.

Les charges de trahison pesant sur lui, après l’affaire du cadavre caché, sont abandonnées.

La présidence de Peter Mutharika a été marquée par un fort mécontentement populaire, alimenté par la corruption, des pénuries de nourriture et des coupures d’électricité.

En 2018, des milliers de personnes sont descendues dans la rue de plusieurs villes du pays pour dénoncer les scandales qui éclaboussent le régime, le premier mouvement antigouvernemental significatif depuis 2011.

Mais Peter Mutharika est crédité d’avoir développé les infrastructures de ce pays agricole, notamment les routes.

Son bilan économique est mitigé: la croissance a baissé de 5,7% à 4% depuis 2014 mais le taux d’inflation a reculé de 23 à 9%, selon le Fonds monétaire international (FMI).

« Nous avons mis le Malawi sur le chemin du progrès », a affirmé M. Mutharika en campagne, promettant monts et merveilles. « Si vous me donnez cinq ans supplémentaires, je transformerai ce pays au point que vous ne le reconnaîtrez pas (…). On arrivera au niveau de Singapour ou de la Malaisie. »

Fils d’un directeur d’école, né en 1940 dans un village du district de Thyolo (sud) perdu dans des plantations de thé, Peter Mutharika a vécu une trentaine d’années aux Etats-Unis.

Il a participé à la rédaction de la première Constitution démocratique de son pays, après la dictature de Hastings Banda (1964-1994).

Entré en politique en 2009 dans l’ombre de son frère, il a occupé plusieurs postes ministériels à la Justice, à l’Education puis aux Affaires étrangères.

Veuf pendant plus de trente ans, il s’est remarié avec une ancienne députée.



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