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Mitsubishi Motors, le petit poucet de l’alliance Renault-Nissan

Mitsubishi Motors, dont le conseil d’administration se réunit lundi pour révoquer son président, Carlos Ghosn, est souvent oublié dans l’alliance Renault-Nissan: il s’est joint au duo historique en 2016 seulement, quand son compatriote japonais l’a sauvé d’un énième scandale.

– Habitué des scandales –

Le constructeur japonais est né en 1970, il est issu d’une division du conglomérat industriel Mitsubishi Heavy Industries (MHI).

Au fil des ans, Mitsubishi Motors Corporation (MMC) s’est érigé en spécialiste des automobiles de petit gabarit (cylindrée de moins de 660 cm3) et des 4×4, mais son parcours a été terni par de nombreuses affaires.

Le fabricant avait confessé à l’été 2000 avoir reçu à partir de 1977 des dizaines de milliers de plaintes pour des problèmes divers, réparés en cachette, au lieu de procéder à des rappels en bonne et due forme qui auraient été plus coûteux.

De ce scandale de camouflage de défauts, il n’avait réussi à se relever que grâce à l’intervention des autres entreprises de la galaxie Mitsubishi.

En 2004, il avait en outre été éclaboussé par une retentissante affaire de dissimulation de défauts sur des camions de sa filiale Mitsubishi Fuso (aujourd’hui détenue à près de 90% par l’allemand Daimler), responsables de deux accidents mortels.

MMC, à l’image durablement écornée, avait à l’époque promis de « changer la culture d’entreprise et d’améliorer la transparence ».

Pourtant, rebelote en 2016: la firme aux trois losanges avoue en avril avoir manipulé, dans l’espoir de doper ses ventes, des données pour embellir les performances énergétiques de véhicules, un scandale limité à l’archipel mais menaçant sa survie.

– Sauvé par Ghosn –

Sa capitalisation boursière fond alors tout comme sa réputation, et peu parient sur son avenir.


Saisissant l’occasion, M. Ghosn, alors PDG de Nissan, annonce en mai un projet de prise de participation dans MMC, officialisée à l’automne pour un montant de 237 milliards de yens (1,8 milliard d’euros au cours actuel).

Il en prend dans la foulée la tête du conseil d’administration. A ce titre, il avait perçu au cours de l’exercice 2017-18 une rémunération de 227 millions de yens (1,7 million d’euros, stock options comprises), selon les documents financiers remis par la compagnie aux autorités financières.

Le patron d’industrie se dit à l’époque « enthousiaste » à l’idée du chantier qui l’attend, évoquant son expérience au sein de Nissan qu’il avait redressé 15 ans plus tôt au prix de douloureuses restructurations.

« Chez Nissan, j’étais un pilote sans guide, nous avons dû tout inventer, là nous avons un précédent, nous savons comment faire », confie-t-il, même s’il n’est pas le pilote opérationnel de MMC comme il l’avait été chez Nissan à l’époque.

Le patron de Mitsubishi Motors, Osamu Masuko, est en effet resté aux commandes exécutives, saluant une transaction qui a permis à sa compagnie de « survivre face aux rapides mutations de l’industrie automobile ».

– Pari réussi –

Croulant sous de massives pertes en 2016-2017, MMC revient dans le vert dès l’année suivante, se redressant au Japon et renforçant son implantation en Asie du sud-est, sa région de prédilection.

Le groupe, qui compte près de 31.000 salariés dans le monde, vise des recettes de 2.400 milliards de yens (+9,5% sur un an, 18,4 milliards d’euros), pour 1,25 million de voitures écoulées, sur l’exercice en cours qui s’achèvera fin mars 2019. Le bénéfice net est attendu en hausse de 2,2% à 110 milliards de yens.

Face à Nissan (5,8 millions d’automobiles et utilitaires légers vendus en 2017) et Renault (3,76 millions), Mitsubishi Motors fait figure de petit poucet, mais c’est grâce à son apport que Carlos Ghosn a pu se targuer d’avoir atteint la première place mondiale du secteur l’an dernier avec 10,6 millions de véhicules, juste devant l’allemand Volkswagen et le japonais Toyota.



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