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Mondial-2019: Ajara Nchout, emblème et émancipation

Son N.3 est porté par les jeunes filles de sa ville natale, Foumban, au Cameroun. Ajara Nchout Njoya a crevé l’écran d’un doublé contre la Nouvelle-Zélande, mais elle est un modèle depuis longtemps dans son pays, entre tradition et modernité.

La nouvelle héroïne des Lionnes Indomptables, principale menace pour l’Angleterre en 8e de finale du Mondial, dimanche à Valenciennes, est un emblème de réussite et d’émancipation dans la capitale du royaume Bamoun, où elle est née à l’Hôpital Protestant de Njisse, le 12 janvier 1993.

Ajara (26 ans) a notamment déjà été invitée à la très prestigieuse cérémonie du jugement du sultan des Bamouns, Ibrahim Mbombo Njoya, assise en tenue traditionnelle à ses côtés, un grand honneur.

Le sultan est aussi le père de président de la Fédération, Seidou Mbombo Njoya, mais n’est pas parent de la joueuse, Njoya est un nom courant chez les Bamouns, celui du grand roi Njoya (1876-1933) qui l’a fait prospérer et y a introduit l’Islam, religion désormais de 60% des Bamouns.

« Notre culture traditionnelle est importante au Cameroun », explique-t-elle, mais elle a vite compris « que le foot pouvait m’aider ».

Respectueuse des valeurs, elle a aussi instillé une dose de modernité avec son sport. Ajara a joué au foot « depuis toute petite » en dépit de la désapprobation de sa famille, « mais ma Maman m’a toujours soutenue », souligne-t-elle.

– Émancipation –

Jeune femme de son temps, Ajara, qui porte des lunettes à la ville, aime le rose, Rihanna, les spaghettis et dévorer du football à la télé, « n’importe quel sorte de match », rit-elle.

A l’adolescence, la joueuse a quitté Foumban, la Cité des arts, et un des plus anciens royaumes d’Afrique Noire, fondé à la fin du XIVe siècle, et jouissant aujourd’hui d’un certaine autonomie dans la république du Cameroun.

Mais elle y revient toujours, et lutte pour l’émancipation au travers de ses associations.

« Je sais que grâce au football je peux diffuser des valeurs positives », a-t-elle raconté au quotidien anglais The Guardian.


Elle a pris position publiquement contre les mariages arrangés, et parraine une association pour la scolarisation des filles et une autre pour la réinsertion des prisonniers. « Comme les orphelins ou les défavorisés, je crois que si on les guide et si on leur offre des opportunités ils peuvent faire de grandes choses. C’est aussi pour ça que je joue au foot, pour encourager les autres à réussir », explique Ajara.

Grâce au football, elle a aussi fait le tour du monde. Russie, Suède, Norvège, où elle défend désormais les couleurs de Valerenga, le modèle des jeunes filles Bamouns a même évolué brièvement dans la prestigieuse ligue professionnelle nord-américaine, la WSL, au Western New York Flash.

– « Le fruit du travail » –

Avec son statut de professionnelle, elle est un pilier des Lionnes.

Au Mondial-2015, elle était surtout un joker, entrait en jeu pour les 20 ou 30 dernières minutes. Elle avait réduit le score contre le Japon (2-1), en poules, déjà en toute fin de match.

Mais Ajara est devenue vedette avec ce doublé. « Sur le premier but, je prends le ballon du pied gauche, à ras de terre au deuxième poteau, je savais que la gardienne était grande, c’est pour ça que je l’ai mise au sol », a-t-elle raconté à l’AFP.

Le second est une merveille de technique et de sang-froid, deux crochets, la tête toujours levée et les yeux sur la cage. « C’est le fruit du travail », répond-elle modestement quand elle est complimentée pour la beauté de ses contrôles orientés.

« Bravo à Ajara, elle a sorti des gestes décisifs au moment où on avait besoin d’elle, dit à l’AFP la défenseure Estelle Johnson. C’est une joueuse extraordinaire, je déteste défendre sur elle à l’entraînement (rires). »

Elle n’est pas seulement fine techniquement, la jeune femme aux tresses blanches et noires, est aussi une pile électrique. Elle a joué au Flash, à l’Energie (Voronej/Russie), et ses coéquipières la surnomment « Courir ».

Elle court « pour le peuple camerounais, conclut-elle, les quarts ce n’est pas un rêve, on est là pour jouer ». Et continuer à montrer l’exemple.



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